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Damien : « Dream », Le personnage principal
de ce quatrième tome de Season of Mist est-il inspiré par vous ?
Neil Gaiman : « Dream » a hérité
de moi deux traits de caractère : ma propension à m’habiller en noir
et ma couleur de cheveux ! Au-delà de ça, Dream ne rit qu’une fois
à travers les dix volumes de la série Sandman, et ça, ce n’est pas
moi. Pour qu’un de tes personnages fonctionne, il faut trouver ce
qui chez lui te ressemble et t’appartient. Les autres immortels prennent
tous quelque chose de moi aussi. Par exemple « Delirium » peut sembler
folle mais elle est ma part de folie. « Death » est bien plus intelligente
que moi. Pour elle, je voulais inventer un personnage agréable à rencontrer
à l’heure de la mort. Quelqu’un de mélancolique et de gothique, quelqu’un
de spirituel, rassurant et sensible.
Damien : Faites-vous seul le choix
des dessinateurs et encreurs de la série, qui varient sans cesse
?
Neil Gaiman : Diriger une série comme
Sandman, c’est comme réaliser un film. Pour un rôle défini, on cherche
le meilleur acteur. On est alors limité par les disponibilités de
chacun. Je choisis mes artistes mais ce n’est pas toujours le premier
de mes choix qui est honoré. J’ai écrit un chapitre de Sandman pour
Mike Mignola parce que tout tournait autour de l’obscurité, de l’ombre,
des formes. Il ne pouvait pas le faire. J’ai alors choisi Marc Hample
et j’ai changé mon histoire pour lui. Le résultat était alors meilleur
que mon idée initiale car plus abstrait et monolithique. Dans «
Endless Night », j’avais aussi écrit l’histoire de « Desire » entièrement
pour Milo Manara. Je n ‘écrit jamais un scénario sans savoir qui
va le dessiner.
Damien : Le personnage de « Dream » souvent
spectateur dans « Season of Mist », est-il lâche ?
Neil Gaiman : Il est au contraire très
courageux. Et ce, dès le début, quand il remet son casque et part
affronter Lucifer, pour libérer la fille que « Dream » lui-même,
a envoyé aux enfers dix mille ans plus tôt. Conscient de sa faute,
il l’assume et risque de perdre son immortalité. Lucifer est bien
plus charmant mais cela est particulier au volume « Season of Mist
», où il apparaît comme une guest star. Il ne faut pas oublier que
« Season of Mist » n’est qu’une pierre de la série Sandman.
Damien : Pourquoi avoir coupé le
récit, et son rythme, par l’histoire de morts qui reviennent dans
un pensionnat ?
Neil Gaiman : Dans Sandman, les morts
reviennent dans le monde entier. Je voulais illustrer ceci par une
histoire de fantômes dans un lieu précis et représentatif. Je me
suis dit que cette histoire devrait se dérouler en prison, car on
ne peut pas s’enfuir et c’est plus drôle ! Mais je voulais que la
venue des morts n’affecte finalement qu’une personne. J’ai donc
mis en scène un petit garçon seul dans une école l’été. Tous ces
fantômes sont des gens que j’ai rencontré moi-même à l’école. C’était
très biographique en réalité. Mais c’est aussi l’endroit de « Season
of Mist » où la thématique de toute la série Sandman s’exprime.
C’est l’idée que l’homme construit lui-même son propre enfer sur
terre. Il n’a pas besoin d’un enfer sous terre où il reste jusqu’à
la fin des temps.
Damien : Vous décrivez plus particulièrement
dans Season of Mist un grand nombre de panthéon de dieux, Scandinaves,
Egyptiens, Asiatiques, comme pour relativiser leur existence. Quel
rapport les hommes et les dieux entretiennent ils dans Sandman ?
Neil Gaiman : Dans l’univers de Sandman,
on réalise que l’homme rêve les dieux mais en fait, ces dieux ne
se préoccupent pas de l’existence des hommes. Les 9 immortels de
Sandman ne sont pas priés par les hommes, ils font juste leur travail,
et ce, malgré leur statut. C’est donc aussi une leçon de responsabilité
pour l’homme. Mais la finalité première de « Season of Mist » n’a
pas été morale, j’ai avant tout voulu pousser la fiction et dérouler
les événements au maximum. Utiliser tous ces dieux m’a aussi permis
d’en découvrir certains jusqu’alors méconnus. J’ai, par exemple,
tenté de décrire les dieux scandinaves, en restant proche des légendes
nordiques. Et mon Thor, quoique très stupide, est plus réaliste
que le Thor marvelien.
Damien : Quand on lit Sandman, on a l’impression
que vous ne dévoilez que la moitié des intrigues de la série, écrivez-vous
tout le reste ?
Neil Gaiman : Oui, il toujours
bon de garder le mystère sur les personnages que l’on créer, de
pas tout dire, de suggérer. Je pense que c'est ce que ressent Dieu
lui-même !
Damien : Vous êtes souvent très
cynique et ironique sur l’être humain, il y a-t-il une pace pour
l’espoir dans vos histoires ?
Neil Gaiman : Sandman est plein d’espoir.
L’idée que chacun créer son propre enfer est une prise de conscience
de liberté humaine. A chaque moment, l’homme peut faire un choix.
L’enfer n’est pas nécessaire, on peut s’en éloigner. C’est un constat
aussi puissant qu’optimiste. Et effectivement, Sandman parle plus
des hommes que de la religion.
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