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Interview

Scotch Arleston


Mise en ligne :
5 janvier 2005

Le scénario, Arleston a cela dans le sang. Venu à la BD après avoir gouté au journalisme, il a cultivé l'art du récit et gagné sa popularité avec la sublime série Lanfeust de Troy, incontournable BD héroïc fantasy. Il nous livre ici quelques clés de son inspiration et de ses méthodes de travail. Rencontre portrait d'un auteur aux multiples talents.

 

Tout en fêtant ses 10 ans d’existence, "Lanfeust de Troy" revient à point nommé pour Noël avec un nouvel album : "Les buveurs de mondes", aux éditions Soleil. C’est le tome 4 du cycle "Lanfeust des étoiles" où notre héros porteur du pouvoir absolu est envoyé dans l’espace pour préserver l’univers galactique des ambitions d’une terrible confédération extra-terrestre. Le graphisme de Didier Tarquin n’a jamais été aussi dynamique et, visiblement, Christophe Arleston a toujours autant de plaisir à écrire ses dialogues vivants et bourrés de jeux de mots ! Voilà d’ailleurs l’occasion de revenir sur le parcours de ce scénariste, l’un des rares à retrouver ce qui faisait le charme des récits joviaux et efficaces d’un René Goscinny. Pourtant, avant de faire de la BD, Christophe Pelinq, dit Arleston, a été auteur de pièces radiophoniques.

"Dans les deux cas, on écrit pour des acteurs. Qu'ils soient de chair ou de papier, le travail est le même. Lorsque j'écrivais pour France Inter, au milieu des années 1980, il fallait mettre en place tous les éléments du récit, y compris les décors, à travers le dialogue. Il n'y avait aucun récitatif, aucun texte off. On apprend à être concis et vigilant sur chaque mot, chaque virgule."

Né en 1963, Christophe a toujours été un grand lecteur de BD et, dès qu’il a eu un peu d’argent, il a créé sa propre maison d’édition de BD (l'Arleston Corporation) qui ne publia, en 1984, qu’un seul album signé Paul Glaudel. C’est avec ce dernier qu’il publie ses premières histoires complètes dans Circus, en 1989, et son premier album : "Manie Swing", chez Alpen, un an plus tard.

"Comme je suis journaliste, de formation, j'ai toujours beaucoup lu la presse : la vie de mes contemporains me donne plein d'idées. Par ailleurs, j'adore Brautigan Vialatte, Fredric Brown, les classiques hollywoodiens, les films dialogués par Audiard… Ceci dit, je ne sais pas si à l'arrivée on peut reconnaître vraiment mes influences. Excepté peut-être pour "Léo Loden", une série créée avec Serge Carrère pour les éditions Soleil, que nous avons volontairement référencée, mais qui, au-delà des apparences, n'a pas grand-chose à voir avec le "Gil Jourdan" de Maurice Tillieux. Parmi les scénaristes de BD, il reste bien entendu un immense bonhomme, c'est Goscinny. Aujourd'hui encore, lorsque, par exemple, je me pose des questions sur le rythme de l'album que je suis en train d'écrire, j'ouvre un "Astérix" et j'essaie d'en démonter les mécanismes ; et à chaque fois je constate que son horlogerie était parfaite."

Après "Taxi" pour le magazine Spirou et "Léo Loden" créés en 1992 avec Serge Carrère, le scénariste Arleston retrouve Paul Glaudel avec lequel il entreprend, la même année, "Les maîtres cartographes" : une série d'heroic-fantasy, genre prisé par les jeunes scénaristes.

"Personnellement, je n'ai pas commencé par ça et, sur mes trois séries que l'on pourrait mettre dans le panier de l'heroic-fantasy, je crois qu'aucune n'y est vraiment. Je préfère mélanger les genres, ou être carrément parodique. J'ai surtout l'impression de faire de l'aventure avec de l'humour, dans des univers décalés et cela m'amuse de travailler dans des genres différents. Cependant, je ne peux nier que la mode de l'heroic-fantasy m'a servi et m'a permis de commencer à bien vivre de ce métier. C'est un métier que j'adore ; j'aime la BD ! On m'a déjà proposé de travailler pour les sit-com ou les feuilletons télévisés, mais cela ne me tente pas. On gagne moins d'argent dans la BD, mais on y est beaucoup plus libre. Je n'ai pas un producteur sur le dos pour limiter le nombre de figurants ou de décors, je fais ce que je veux : j'ai les mêmes moyens que Spielberg !"

Parlons maintenant un peu technique, comment notre interviewé arrive-t-il à régler le rythme d'un album ?

"C'est très délicat. On a toujours peur de se tromper, d'être trop lent ou trop elliptique. L'auteur a toutes les données en têtes et beaucoup de choses lui semblent évidentes. Pourtant, il faut sans cesse se demander si tout ça va être clair pour le lecteur. Donc, on met des scènes d'explications. Puis on se demande si ces scènes ne sont pas trop ennuyeuses... C'est un travail de dosage, de chimiste ! Pour juger vraiment de la qualité de son travail, il faudrait laisser reposer deux ou trois ans pour avoir un oeil neuf, mais... Les éditeurs ont horreur de ce genre de délai ! C'est pour cela que je me repose souvent sur des structures très classiques. Je sais, par exemple, qu'il vaut mieux commencer par une scène d'action que par 6 pages d'explications, ou que les pages 38 à 42 doivent comporter une belle scène d'action finale en point d'orgue... Ce sont des trucs qui ont fait leurs preuves dans tous les modes de récit depuis 4000 ans ! Ce n'est peut-être pas très original mais peu importe, je n'ai pas d'autre but que d'amuser un large public. Je reste d'ailleurs persuadé qu'adopter une forme classique n'empêche pas d'exprimer tout ce qu'on peut avoir envie de dire : une idée forte sera même mieux servie par une structure solide que par un délire néo-onirico-pouêt-pouêt. Je suis assez d'accord avec ce que disait Céline : "Délivrer un message, c'est le travail du facteur, pas le mien."

Le scénariste Christophe Arleston donne naissance, en 1992, à "Tandori", amusante BD mise en images par Curd Ridel (le dessinateur du "Gowap") pour les éditions du Lombard. Devenu, entre temps, l’un des plus fidèles collaborateurs des éditions Soleil, Arleston y enchaîne diverses séries aux fortunes diverses : "Les feux d’Askell" avec Jean-Louis Mourier et "La saga des fils de Thulé" avec Jean-François Miniac en 1993, "Mycroft Inquisitor" avec Jack Manini et Dominique Latil en 1995, "Bug Hunters" avec Thierry Labrosse et Claude Ecken en 1996, le trop méconnu et pourtant excellent "Le chant d’Excalibur" avec Eric Hübsch en 1998, "Moréa", toujours avec Labrosse et Latil, et "Les forêts d’Opale" avec Philippe Pellet en 1999 ou "Elixirs" avec Alberto Varanda en 2004 ; sans oublier, en 1994 et avec Didier Tarquin , le célèbre "Lanfeust de Troy", lequel fût suivi par des heureux prolongements de son univers : "Trolls de Troy" avec Mourier en 1997, "Gnomes de Troy" avec Tarquin en 1998 et enfin "Conquérants de Troy" avec Ciro Tota en 2004, en attendant des "one shot" ("Légendes de Troy") qui seront (peut-être) dessinés par Dany et Moebius : ce sont quelques uns des grands noms de la BD dont nous avons entendus parler pour ces projets. Comme il est très occupé avec toutes ses séries et qu’il est quand même perfectionniste dans l’âme, notre scénariste vedette se permet-il encore de reprendre des dialogues ou de refaire une scène alors que la planche est déjà dessinée ?

"Très rarement ; mais lorsque c'est nécessaire, oui. Je deviens de plus en plus exigeant. Les dessinateurs emploient d'ailleurs plutôt le mot "chiant", pour être précis ! Mais en réalité, nous faisons tout pour éviter d'en arriver à refaire des pages déjà dessinées. Je travaille de très près avec mes dessinateurs. Au départ, nous discutons globalement de l'histoire ; puis du scénario, une fois qu'il est écrit. Ensuite ils m’envoient le crayonné, et à ce stade là on peut encore modifier certains passages. Maintenant, surtout en ce qui concerne les séries d'heroic-fantasy, je demande au dessinateur de me crobarder les 44 planches sous forme de "roughs", avec les textes. Cela donne au dessinateur l'occasion de prendre un peu de recul sur son dessin avant d'attaquer le crayonné et moi je dispose d'une maquette qui me permet de juger le récit d'un point de vue global. Cela me permet également de le faire lire à des amis pour avoir leurs avis, puis de retoucher des scènes entières, ou même déplacer des pans complets. Avoir ainsi les 44 pages de l'histoire peut être considéré comme un luxe mais c'est mettre toutes les chances de son côté. Mieux vaut investir un peu plus de boulot, mais sortir un album qui plaise vraiment !"

Depuis le mois de mai 1998, Arleston est l’heureux papa d’un beau bébé : le mensuel Lanfeust Magazine ! Et ce dernier se porte fort bien !

"Le jour où je me suis rendu compte que je faisais gagner de l’argent à mon éditeur avec mes albums, j’ai décidé de lui en faire perdre en lui proposant de lancer un journal : c’était en 1997 ! Sérieusement, je le remercie encore d’avoir tout de suite été d’accord et nous sommes sans cesse surpris par le succès de ce magazine dont le niveau monte sans cesse, proportionnellement aux ventes. Pourtant, la presse, c’est spécial : tous les mois, il y a un coup de bourre avec le bouclage et tous les mois on reprend tout à zéro ; on a l’impression d’être confronté à quelque chose de jetable car une fois le n° sorti, celui d’avant n’existe plus. C’est à la fois excitant et frustrant mais cela permet de progresser. Pour moi, c’est un vrai plaisir au quotidien ! En plus, cela permet de faire démarrer des jeunes dans de bonnes conditions, en tenant compte de leurs évolutions."

Bien entendu, ce poste de rédacteur en chef de Lanfeust Magazine demande pas mal de temps à notre interviewé qui ne néglige pas pour autant son métier de scénariste : il jongle actuellement entre ses diverses séries actuelles et celles à venir (il a, entre autres, un projet avec le talentueux Adrien Floch, le dessinateur de "Slhoka", l’un des nombreux succès du catalogue Soleil). Estime-t-il, cependant, que les scénaristes sont aujourd'hui suffisamment reconnus ?

"Leur travail est reconnu, dans un petit milieu. Du reste, je me fous complètement de la notoriété ! Si je voulais être connu, je ne serais pas scénariste, et je ne ferais pas de la BD ! Quand j'étais gosse, je voulais dessiner ; mais lorsque je me suis rendu compte qu'un dessinateur passait un an à raconter une histoire de 44 pages, l'équivalent d'une nouvelle en littérature, j'ai réalisé que j'allais terriblement m'ennuyer ! J'ai trop d'histoires à raconter ! Même en temps que scénariste, je suis encore frustré : j'ai au moins quatorze projets dans mes tiroirs, mais je n'ai pas le temps de m'y mettre... Ceci dit, je pense qu'il faudrait plus de vrais scénaristes professionnels. Leur travail n'est pas seulement d'inventer des personnages et une histoire, c'est aussi de la mettre en scène, de la découper, de la dialoguer, de décrire les décors, de travailler de très près avec le dessinateur… Je suis content car il y a de plus en plus de jeunes qui ont compris ça et qui veulent devenir de vrais scénaristes. Il y a trop de dessinateurs qui croient qu'une bonne idée suffit pour faire une bonne histoire alors qu’ils feraient mieux de prendre un scénariste. Une bonne technique de narration, c'est comme un bon coup de crayon : ça ne s'improvise pas, ça s'apprend avec les années !"

 

Propos recueillis par Gilles Ratier

5 janvier 2005

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