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Marielle
: Pourquoi parlez-vous toujours des femmes ?
Est-ce que les argentins sont particulièrement machos ?
| Maïtena et son éditrice,
Anne-Marie Métailié |
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Maïtena : Je parle des femmes parce que je suis
une femme et c’est le thème que je connais le mieux. De toutes manières, je parle,
non pas des femmes, mais de la vie du point de vue des femmes. Dans mes BD, il
y a des hommes, des femmes, des lesbiennes, des gays. Quant au machisme des argentins...
il y existe comme dans tous les pays du monde, ni plus ni moins. Aujourd’hui,
il est plus difficile de généraliser un thème comme le machisme, parce que la
société se divise en de nombreuses catégories. Il y a de plus en plus de «tribus »
distinctes qui coexistent de manières très différentes. Mais le machisme est un
problème culturel quasi universel, et très bien enraciné parce que les femmes
le transmettent, elles aussi.
Marielle : Est-ce que vous vous trouvez féministe ?
Maïtena : Je n’aime pas dire que je suis féministe
parce que le terme est vraiment galvaudé mais je n’aime pas dire non plus que
je ne suis pas féministe, parce que s’il n’y avait pas eu le féminisme, on serait
toutes encore en train de repasser !
| Les Déjantées T.2 : couverture |
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Marielle : J’ai vu effectivement que dans la Bd il y
a beaucoup d’ironie mais aussi beaucoup de tendresse
Maïtena : Merci.
Marielle : C’est un peu ce qui fait la différence entre
vous et Claire Brétecher, non ?
Maïtena : Moi je trouve qu’il y a beaucoup d’autres différences.
D’abord, c’est une bonne dessinatrice et moi, non. Elle est moins tendre mais
c’est un problème de personnalité. Moi, je suis très acide et très tendre. C’est
difficile pour moi d’entendre dire ça parce que je ne me sens pas tendre (rires).
Je me sens méchante et on me dit tendre (rires) ! Non, j’ai une bonne
relation avec les hommes et avec la vie et ça se voit dans mon travail.
Marielle : A propos des relations avec les hommes, est-ce
que c’est difficile d’être une femme dans le monde de la bande dessinée ?
Maïtena : Dans tous les milieux, c’est difficile
d’être bon et d’avoir du succès.
Marielle : Est-ce qu’il a fallu faire davantage ses preuves ?
Maïtena : Non, au contraire, pour moi, ça a été un « plus »
d’originalité d’être une femme. En plus, je suis jolie et donc, quand j’allais
dans les rédactions, on me faisait rentrer sans problème.
Marielle : Est-ce que vos lecteurs sont plutôt des hommes
ou des femmes ?
Maïtena : Il y a plus de femmes qui disent qu’elles
le lisent, mais les hommes aussi me lisent. Quand je croise un homme dans la rue,
il me dit « ma femme adore ce que vous écrivez » et il le dit d’une
façon qui me révèle que c’est lui qui adore ! Alors je lui demande « et
vous, non ? »
Marielle : Au départ, les « Déjantées », « las
Dejadas », était déjà conçu comme un album ou est-ce que ce sont des strips
qui ont été réunis ?
Maïtena : J’ai commencé par une page hebdomadaire
pour une revue féminine. J’ai d’ailleurs négligé certains dessins parce que
je n’aurais jamais pensé qu’on aurait fait un livre avec. Maintenant, je le regrette.
Mais je faisais mon travail et je l’envoyais à la revue.
Marielle : Comment s’est passée l’aventure, du magazine
jusqu’à l’album ?
Maïtena : Comme j’avais un succès de plus en plus
grand dans la revue, la maison d’édition qui éditait cette revue m’a proposée
de faire un livre
Marielle : C’est un privilège ! D’après ce que j’ai
compris de l’état de la BD en Argentine, c’est rare de pouvoir faire des albums...
Maïtena : Oui, c’est un cas à part. Les gens qui
achètent mes livres ne sont pas les lecteurs habituels de BD.
Anne-Marie Métailié : En France, c’est pareil.
Maïtena : Je trouve que les femmes aiment parler d’elles-mêmes
et aiment tout ce qui parle d’elles, en littérature, en ciné, au théâtre, et mes
lecteurs ne sont pas des gens qui s’intéressent au genre BD.
Marielle : Vous publiez en France. Que pouvez-vous dire
de ces publications ? Comment se passe le travail avec l’éditeur ?
Maïtena : Je suis très contente de la sortie de
mon album en France (jusqu'à présent, je n’avais publié là-bas que quelques BD
érotiques, dans les années 80, pour le magazine « Circus »). C’est très
gratifiant quand ton travail est traduit dans d’autres langues. Dans mon cas,
je crois que mes BD confirment quelque chose que les hommes disent toujours...
et c’est que nous, les femmes, sommes toutes les mêmes ! ! La publication
s’est faite rapidement, parce que mon travail a beaucoup plu à mon éditrice
et ça, c’est toujours une garantie de respect et d’enthousiasme d’éditer un livre
rapidement.
Une partie du succès de vente de mes albums réside dans le fait que ce sont souvent
des gens qui ne lisent pas de BD habituellement qui les achètent. Moi aussi je
suis passée de la BD au dessin humoristique (j’étais gênée moi aussi par ce problème
de manque de structure pour publier de la BD) et j’ai fini par travailler pour
un lectorat beaucoup plus nombreux. Avec le temps, aussi, je me rends compte qu’en
croisant les expériences de « BD de genre » et le dessin humoristique,
j’ai trouvé le style où je me sens bien. Je suis passée du genre aventure à celui
de la mise à nue des relations humaines et c’est un thème de travail beaucoup
plus riche, du moins pour moi, qui suis de celles qui pensent que la réalité dépasse
souvent la fiction... Et que dire de la mienne, de réalité ! ! !
Marielle : Est-ce que le fait d’être publiée en France
a pour vous, en tant qu’auteur argentine, une résonance particulière ?
Maïtena : Non, rien de particulier. Je suis contente
mais je n’ai aucune image idéalisée, ni de la France, ni des Etats-Unis. Je suis
très contente, ça me fait plaisir mais je ne considère pas ça comme une réussite
très extravagante.
Marielle : Quel est le succès de vos oeuvres, quelles
sont les réactions des critiques et des lecteurs ? Et qu’est-ce que vous
en attendez ?
Maïtena : Franchement, je n’ai jamais attendu grand-chose
de mes BD, tout ce qui m’est arrivé ces dernières années est une surprise pour
moi. J’ai toujours considéré la BD comme mon travail, le moyen de gagner ma vie,
et c’est toujours le cas. Ce que j’aimerais, dans l’idéal, c’est que mes BD aident
des gens à changer des choses dans leur vie... Je pense être une dessinatrice
de BD, pas vraiment très douée mais très travailleuse... En tout cas c’est très
gratifiant de sentir que ce qu’on fait peut être utile à quelqu’un et c’est pour
ça que j’aime me frotter à des institutions comme la famille, le mariage, etc.,
et rire un peu de tout ce qui peut faire pleurer. »
Marielle : Qu’est-ce qui a motivé cette publication,
Anne-Marie Métailié ?
Anne-Marie Métailié : Je l’ai lue et j’ai craqué.
C’était un coup de foudre, complètement hors des choses que je faisais, c’était
fou, alors c’était encore plus intéressant.
Marielle : Est-ce que vous allez continuer l’aventure
ensemble ?
Anne-Marie Métailié : Tant qu’elle voudra, oui.
Maïtena : Oui, ça me plairait de continuer. J’aime travailler
avec les petites maisons d’éditions dont les directeurs ont un réel choix artistique.
En Espagne aussi, je suis publiée en partie par une petite maison d’édition.
| Erotisme |
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| "J’ai apporté des dessins faits par
moi il y a vingt ans. Quand je les ai fait, je les trouvais très forts, maintenant,
je trouve que c’est pour les enfants" |
Marielle : Anne-Marie Métailié, est-ce que vous voudriez
travailler avec d’autres dessinateurs de BD ?
Anne-Marie Métailié : Vous savez, je n’ai pas envie
de me spécialiser. J’ai du mal à lire la BD, en général. Je ne fais que les choses
qui me plaisent et avec lesquelles je pense que je vais m’amuser.
Marielle : Maïtena, votre actualité en Argentine, qu’est-ce
que c’est ?
Maïtena : Je travaille quotidiennement pour un journal,
c’est mon travail principal. Et je prépare un agenda très spécial. Ce n’est pas
un recueil de dessins et de blagues, c’est un agenda très spécial qui me ressemble,
à moi.
Marielle : Quand vous étiez plus jeune, vous étiez plutôt
révoltée et vous avez fait de la BD érotique...
Maïtena : … Et je continue d’être révoltée ! J’ai
fait de la BD érotique mais ce n’était pas un signe de révolte. J’aime parler
de la place de la femme et du désir féminin. Mais pas comme révolte.
Marielle : Qu’est ce que ça fait d’être publiée aujourd’hui
dans des journaux plutôt conservateurs ? « Madame Figaro » en France,
en Argentine aussi...
Maïtena : Ca fait 25 ans que je travaille dans les
journaux et ce sont des entreprises auxquelles je ne crois pas. Aussi bien à droite
qu’à gauche, ce sont des entreprises. Je donne mon travail, je prends l’argent
et je m’en vais. Je ne travaillerais pas dans une entreprise dans laquelle l’idéologie
antidémocratique ne me conviendrait absolument pas mais pour le reste… à l’intérieur
de la Démocratie, ce sont toutes des entreprises.
Marielle : Au sujet de vos dessins, pourquoi est-ce que
vous dites que vous dessinez mal ?
Maïtena : J’ai appris à dessiner en travaillant
beaucoup mais je n’ai pas un trait de virtuose. C’est pour moi très difficile
de faire mon travail.
Marielle : N’est-ce pas un mythe, le dessinateur qui
fait tout facilement ?
Maïtena : Non, ce n’est pas un mythe, moi j’en connais
des dessinateurs virtuoses, j’en ai parmi mes amis. Quand on voit le trait d’un
dessinateur, on voit si ça vient de l’âme, si c’est inné ou si c’est beaucoup
d’heures de travail. Les Chinois disent « le souffle », le talent. Ca,
j’ai pas, mais je suis très travailleuse et assez intelligente, et… tendre (rires)
!
Marielle : Le dessin fait beaucoup penser aux Simpson ?
Maïtena : Il y a quelque chose, oui. Je crois qu’à
certaines époques apparaissent partout dans le monde des tendances similaires,
dans l’art, en musique… J’ai commencé à faire ce travail en même temps que les
Simpson, je ne les connaissais pas encore, mais quand je les ai vu, j’ai trouvé
des similitudes.
Interview réalisée par Marielle
Mars 2003.
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