vincent Chroniqueur
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Posté le: Sam Mar 04, 2006 6:19 am Sujet du message: [Edito] Inspiration ou copie ? |
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Quand un nouvel auteur sort son premier album, les chroniqueurs aussi bien que les lecteurs (et je ne suis pas le dernier) ont tendance à vouloir référencer son style : « ça ressemble à du Sfar mais en plus… » Un moyen efficace de donner à son interlocuteur ou lecteur une idée de ce à quoi ressemble le dessins du nouveau venu.<br><br>
Mais ce type de jeu des ressemblances agace : parfois c’est celui dont on nie l’originalité du style qui se sent agressé, parfois c’est celui à qui l’on ressemble un peu trop qui aimerait bien garder son style pour lui. A ma connaissance, il n’y a jamais eu de procès pour contrefaçon dans le milieu de la bande dessinée. Juste quelques coups de gueule. <br><br>
Ainsi, un dessinateur dont les travaux avaient été publiés en rubrique <a href="?rub=dossiers_result&type=J"; target=_blank>Jeunes Talents</a> de BDSelection a-t-il reçu la demande expresse d’un jeune et prometteur auteur qu’il adorait de retirer ses planches de l’internet. A une conférence, David B. expliquait qu’à L’Association, ils avaient refusé certains – excellents – projets car ils avaient jugé que leur graphisme ressemblait trop à celui de Blutch…<br><br>
La plupart des éditeurs n’ont pas ces scrupules et voient au contraire d’un très bon œil arriver des clones d’auteurs célèbres, y flairant le bon coup commercial. Car avoir un style dans le vent est un précieux atout pour se construire un lectorat. <br><br>
Pour autant, si les jeunes dessinateurs adoptent un graphisme proche de celui d’un auteur connu, c’est rarement par mercantilisme. Simplement, consciemment voire inconsciemment, ils subissent l’influence de ceux qu’ils admirent. De ceux dont les œuvres ont suscité leur vocation. <br><br>
S’inspirer est inévitable. Si, comme le faisait Maurice Tillieux, on considère la BD – ou une part de la production BD – comme un artisanat, quel mal y a-t-il à s’inspirer ? Critique-t-on un ébéniste qui fait du Louis XVI ? Et même si on considère la bande dessinée comme le 9ème Art, il est admis depuis des siècles dans la peinture que l’on se forge une personnalité en copiant les Anciens, les Maîtres. Regardez les œuvres de jeunesse des impressionnistes…<br><br>
Ce qui peut faire légitimement rager un auteur, c’est lorsqu’une publicité, un travail de commande utilise son style car il est bien connu de tous ou dans l’air du temps et que la manne financière due à son talent se détourne dans la poche d’un autre. Il peut également trouver injuste qu’un auteur qui lui doit beaucoup ait plus de succès que lui. Mais le succès du nouveau venu se fait-il au détriment du premier ? Logiquement, ce devrait plutôt être à son bénéfice, le public adepte du style en question s’étant élargi…<br><br>
Personnellement, je préfère quand Sfar utilise la proximité de style de Tanquerelle pour lui confier les dessins de <a href=/php/chronique.php?rub=pagesbd&id_bd=5754" target=_blank>Professeur Bell</a>, quand Edmond Baudoin signe la préface d’une <a href="/php/chronique.php?rub=pagesbd&id_bd=6295" target=_blank>Fantôme</a> marquée de son influence. Un auteur digne de ce nom doit en permanence être en évolution, en recherche. Peu importe d’où il part tant qu’il avance. Ainsi, deux artistes proches à un moment donné de leur carrière ne devraient pas le rester éternellement.<br><br>S’il n’y a pas évolution, il n’y a pas art mais artisanat. La boucle est bouclée. |
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