Durant l’été 1980, à Philadelphia, petit village de RDA, trois garçons s’ennuient. Deux d’entre eux, frères, pénètrent discrètement chez leur grand-mère pour se procurer des bonbons ; ils tirent un tiroir et du double-fond de celui-ci tombe un revolver empaqueté et les balles qui vont dedans. Les enfants empruntent le revolver, le montrent à leur ami, puis à la seule fille du village qui les rejoint. Ils décident même de tirer quelques balles… Mais ça, ils n’auraient peut-être pas dû le faire…
Les six coups de Philadelphia est un album saisissant qui n’est pas sans rappeler, par son sujet comme par la force de son traitement, Mémoires sauvés du vent, l’un des romans de Richard Brautigan. En essayant le revolver, les enfants/adolescents se confrontent à leur fascination pour les armes à feu, la violence et la mort et s’exposent évidemment à des risques qu’ils ne veulent pas regarder en face. Ce récit ample et dense colle à la peau de ses personnages, ne les lâchant pas d’une semelle jusqu’au prévisible drame. Ulrich Scheel parvient à rendre palpables l’atmosphère étouffante et l’ennui de ses personnages. Son dessin au lavis est vif et particulièrement expressif, rendant chaque situation extrêmement vivante. Les six coups de Philadelphia risque de marquer durablement l’esprit des lecteurs !
Dans un petit village de l'ancienne R.D.A. avant la chute du mur de Berlin, des enfants et adolescents ( entre 11 et 14 ans) sont en vacances. Libres de leur temps, ils ne savent trop comment s'occuper jusqu'au jour où, en fouillant dans un meuble de leur grand-mère, deux d'entre eux découvrent un revolver. Fascinés par leur trouvaille ils se demandent tout d'abord quoi faire de ce nouveau jouet. Avec leur ami Grolf puis rejoint ensuite par la seule fille du village Sabine, les deux frères décident de garder cette arme qui devient le centre d'attraction de la petite bande.
Le revolver est chargé et les six balles du barillet seront utilisés dans six situations différentes, chaque nouveau tir correspondant à un nouveau chapitre. Cette arme est manipulée sans que les possesseurs n'aient conscience de la gravité de leurs actes. L'histoire s'achève lorsque les six coups ont été tiré, faisant un mort.
La fin tragique (ou le manque de munition ?) arrête le jeu de vacances de ces jeunes meurtriers inconscients.
L'histoire de ces vacances dans la nature avec la découverte de la sexualité prend une tournure terrifiante lorsque le jeu devient mort, crime.
Les soldats russes s'entraînant non loin des enfants avec leurs armes et des balles à blanc, ont ils un lien avec le déroulement de l'histoire pour l'auteur ? On peut supposer que oui, mais libre à chacun de supposer ce qu'il veut.
Doit on comprendre que sans la présence d'adultes pour donner des repères , interdire, autoriser... les enfants recréeraient un monde montrant que l'homme est toujours prêt à revenir à sa barbarie primitive, tout comme Sir William Golding l'a illustré dans Sa majesté des Mouches ?
Le dessin, léger et clair, laisse toute la place à l'histoire de l'arme à feu. Le texte est associé aux dessins de manière irrégulière, sans logique apparente, tout comme les actes des enfants et leurs conséquences semblent n'avoir aucun lien.
L'auteur, Ulrich Scheel, né à Berlin, côté Est, en 1976, aborde ici un thème qui lui tient à coeur : la fascination pour les armes à feu. Il est diplômé de l'Ecole Supérieure d'Art de Berlin, et publie son premier livre, Influenza, en 2004.