Les éditions Sangam viennent de lancer une collection “ Jean-Michel Charlier ” qui réédite des bandes dessinées d’aventures (inédites en albums ou épuisées depuis longtemps dans le commerce) scénarisées par cet immense auteur qu’était Jean-Michel Charlier. Le premier titre consiste en la mythique “ Clairette ” illustrée par Albert Uderzo : une bande dessinée qui parût dans Paris Flirt, de 1957 à 1958. Ce bel ouvrage de soixante-quatre pages contient également le récit complet “ Le Neveu de D’Artagnan ” des mêmes auteurs, une interview avec Albert Uderzo sur le sujet et un solide dossier sur le scénariste, richement illustré par de nombreux documents inédits. Voilà l’occasion de revenir sur les circonstances exactes de la création de cette série, hélas seulement connue des spécialistes…
Tout prédestinait les deux auteurs à continuer une carrière prestigieuse à la World’s Press et dans Spirou quand, en 1956, avec leur ami René Goscinny, ils se mettent à organiser des réunions entre professionnels, puis à rédiger et à faire signer une “ charte ” de défense de la profession à tous les grands noms de la bande dessinée belge du moment. Évidemment, ce léger vent de révolte ne fut guère du goût de leurs patrons. D’ailleurs, ces derniers licencièrent aussitôt, de façon plutôt arbitraire, trois des participants à cette réunion dont le scénariste René Goscinny . Par solidarité avec les exclus, Albert Uderzo et Jean-Michel Charlier décidèrent alors de quitter, eux aussi, leurs employeurs… Les trois talentueux amis, unis dans la difficulté, s’associent alors pour créer ÉdiFrance/ÉdiPresse : agence à la double activité (publicité et presse). Compagnons de galère, nos trois compères multiplient désormais les petits boulots, mangeant leur part de vache enragée. Dans sa quête pour trouver des financiers afin de lancer de nouveaux supports de bandes dessinées, Jean-Michel Charlier imagine même un supplément encarté dans les quotidiens, sur le modèle des suppléments bandes dessinées du week-end dans les magazines américains. « Hélas, à l’époque, les kiosquiers dans les points de vente de journaux, refusaient de faire gratuitement le geste qui consistait à prendre sur une pile le quotidien et à encarter le supplément : ce qui mettait complètement par terre tous nos savants calculs financiers... ».
Pour le n°0 de ce Supplément illustré, nos auteurs préparent diverses séries dans un format tout en longueur dont une à l’eau de rose : la belle et jeune “ Clairette ”, pour une double page illustrée dans un convainquant style réaliste par l’omniprésent Albert Uderzo. Finalement, seule “ Clairette ” sera exploitée par la suite, dans une forme légèrement différente (adaptation du format et réécriture du scénario), dans les pages de Paris Flirt : un hebdomadaire destiné à un lectorat bien masculin…