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Le Journal T. 3
Le Journal T3
Autobiographie BD
Fabrice n'est pas un grand fan de bande dessinée. Mais au sortir de son école de dessin, il décide d'écrire son journal intime… en bande dessinée. Un journal sans concessions, sans faux-semblants ni sans fausse pudeur. Fabrice est au chômage, a juste le RMI pour vivre et est malheureux en amour. Epris de Dominique - alias Le Doumé - il ne parvient pas à faire partager son amour, ni à se faire clairement rejeter. Alors, il traîne son spleen au milieu de ses amis peu à peu lassés et donc de moins en moins compréhensifs. Même son passage à tabac par des " casseurs de pédé " ne lui ouvre pas leur sollicitude… Difficile d'être homosexuel dans un univers ultra-majoritairement hétéro, surtout quand on n'est pas adepte de la " gaytitude " branchée…
Au début de son entreprise, Alain, un copain, motive Fabrice sur son projet de journal : " Ce qui serait bien, ce serait que tu ailles plus loin que tout ce qui a été tenté dans le genre… pas de censure, parle de tout, ne déguise rien. Dans tout ce que j'ai vu ou lu (…), peu m'ont fait partager la glace et l'effroi dans lequel leur auteur était plongé ". Et Fabrice est définitivement allé au-delà de l'attente mise en lui par son ami d'alors. L'effroi de l'auteur, ses coups de cœurs, ses malheurs, l'incommunicabilité de sa douleur, il nous les livre de façon la moins distanciée et la plus poignante possible.
Son histoire ne nous est pas livrée brute mais au contraire très travaillée, construite : son récit alterne caméra subjective et point de vue objectif, récit classique et illustration de ses pensées, joue sur les lumières pour transmettre ses émotions. Pourtant le propos reste crû et Fabrice n'hésite pas à prendre vingt - remarquables - pages (265 à 284) pour vider son sac, régler son compte aux cools " si " tolérants, expliquer le mal-vivre des homos non branchés à la gaytitude, condamnés par avance dans leur amour avec 95% des hommes.
Le 3ème tome du Journal court sur 372 pages. Enorme… Mais pas démesuré : c'est le nombre de pages nécessaire à Fabrice pour nous raconter la période où il aimait Le Doumé. Et s'il demande au lecteur beaucoup d'attention, se montre exigeant avec lui, il le lui rend au centuple. Il nous livre sa vie, nous la donne à comprendre et ainsi nous révèle infiniment sur chacun d'entre nous.
Les trois tomes de ce Journal se révèlent une lecture précieuse et rare pour ceux qui prennent la peine de s'ouvrir à son propos.
Vincent
12 Avril 2001
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F. Neaud
F. Neaud
N&B
Editeur : Ego comme X Décembre 1999 - 374 Pages
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 © 1999 F. Neaud, N&B - Ego comme X
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20 Décembre 2002 Même si la première impression est certainement trompeuse, un fois les tome 2 et 3 refermés, on ne peut s'empêcher de penser que FNéaud invente la BD Adulte, que ce qu'on n'affublait jusque là de ce nom n'était qu'une suite des cases pour ados attardés. Bien sûr, c'est certainement réducteur, mais l'oeuvre de Néaud va tellement loin dans l'inédit et l'inconnu que cela en devient une expérience unique. Et le lecteur d'assister en direct à l'invention d'une nouvelle grammaire qui jette sur les anciennes une épaisse couche de poussière. Difficile de résumer les chemins introspectifs empruntés par Néaud dans ces tomes. Alors que le premier était somme toute encore limpide dans son obsession à vouloir communiquer la douleur d'un amour non partagé, les deux suivants explorent bien d'autres dimensions (et on n'est bien loin de l'image du trou noir invoqué par Néaud pour exprimer que rien de compréhensible ne peut sortir de lui). Il faut dire que Néaud semble changer quelque peu de registre. Alors que le premier se raccrochait au fil conducteur universel du désir et de l'amour (quoi de mieux que l'amour pour communiquer une émotion au lecteur?), les deux suivants s'intellectualisent fortement. Ils dissèquent et analysent les relations humaines, ils mettent les doigts dans des plaies qu'on n'ose même pas voir. Ce n'est pas que l'amour ait disparu. L'amour contrarié pour Dominique le rustre cultivé court de bout en bout du bouquin. Mais l'émotion n'opère plus de la même façon. Soit que sa recherche éperdue du "Doumé" perde de son intensité car elle n'est plus qu'une péripétie parmi d'autres, soit qu'on se désintéresse dès le départ d'un Dominique dont le charme échappe. Quoi qu'il en soit, cette affaiblissement du sentiment amoureux permet aux considérations métaphysiques de faire surface avec force. Et des considérations de ce type, il y en a à la pelle, comme jamais on en a vu en bande dessinée. C'est que l'oeuvre de Néaud est exigente, comme il est exigent avec lui-même et avec ses amis. On n'entre pas dans son univers torturé sans être conscient de l'investissement intellectuel et existentiel que cela doit être. Il faut dire que nombre de ses tirades ne dépareraient pas dans un bouquin de philosophie ou de sociologie. Et Néaud de s'insurger contre la dictature du Cool, du Sympa, du Divertissment, lui qui veut faire face sans fard aux méandres abyssaux de la psyche humaine. Et Néaud de s'insurger contre ses amis qui préfèrent se réfugier dans la facilité, dans l'observation de la façade que les gens montrent au monde sans essayer de comprendre ce qui se cache derrière ce masque rieur, mais au fond bien grimaçant. Néaud de s'insurger finalement de la tolérance feinte envers une homosexualité qui en définitive reste haïe. Et de brocarder ce peuple de petits bourgeois qui cachent leur indifférence face à l'autre derrière le masque de la largeur d'esprit. Entendre ça sera peut-être difficile pour certains, mais dans les propos de Néaud, le constat devient l'évidence même. Le journal de Néaud, oeuvre totale et exigente, oeuvre pléthorique et prenante. L'oeuvre d'une vie comme il se plaît à le répéter, et on ne peut qu'abonder en son sens. Faites que sa subtitlité intellectuelle, que son initiation existencielle nous accompagne pour des siècle et des siècles encore. Comme une étoile qui explose, et pas comme une supernova qui s'effondre sur elle-même. b1p
28 Avril 2001
ArzaK |
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