Gorazde T. 2
Gorazde deuxième partie
Vous avez dit « zones de sécurité » ?
Joe Sacco est un des premiers journalistes à avoir rejoint Gorazde, la seule des trois « zones de sécurité » décrétées par l’ONU dans l’est de la Bosnie à ne pas avoir été prise par les forces Serbes. Son séjour de quelques jours lui permet de rencontrer de multiples réfugiés qui lui racontent comment les villes de Foca et Visegrad ont été prises par les Tchetniks, les ponts de ces villes rougis de sang, les femmes violées. Et si Gorazde est finalement restée musulmane, il s’en est fallu de très peu en fait qu’elle ne connaisse le même sort que les tristement célèbres Srebrenica et Zepa, théoriquement protégées par l’ONU et en définitive abandonnées à leur triste sort. Heureusement pour Gorazde, la communauté internationale en général et les Etats Unis en particulier, « humiliés » par la prise des deux autres villes, devenues le symbole de leur impuissance, se sont enfin réveillés et ont contraint les serbes à se rendre à la table des négociations.
Joe Sacco est un journaliste d’inquisition. Pas de ceux - qu’il dénonce très justement dans son bouquin - qui font l’aller-retour dans la journée pour récupérer, vite fait mal fait, les images qui feront frémir quelques secondes les spectateurs du journal télévisé du soir. Lui sait prendre son temps, le temps de lier connaissance, de se faire des amis, de recueillir des témoignages complémentaires. Il n’hésite pas à montrer l’horreur de la situation, les conditions sanitaires et surtout médicales. Certaines pages sont difficilement soutenables. Elles viennent toutefois salutairement rappeler que les mots « guerre » et « propre » ne peuvent être accolés l’un à l’autre, quoi que certains veuillent laisser croire. Même chez les « victimes », la loi du plus fort devient prégnante, le plus jeune, le plus en forme récupérant par exemple plus de nourriture que les autres pour nourrir sa famille… et s’en prenant parfois aux Serbes les plus modérés qui ont choisi – ou n’ont pu faire autrement que - de continuer à vivre aux cotés de leurs voisins adeptes du Coran.
Attaquer la lecture de ce reportage par son second tome n’est pas à recommander : le livre s’ouvre sur les témoignages de réfugiés et ne replace pas le reportage dans son contexte. Il vaut donc mieux suivre le parcours du journaliste sur place depuis son début. C’est long - 228 pages – et dense avec beaucoup de paroles, de commentaires. Mais c’est vivant, le récit mêle agréablement historique et anecdotes quotidiennes et on apprend finalement une foultitude de choses comme dans un documentaire télé des plus réussis… Dommage que le texte contienne certaines coquilles qui coupent la lecture et que le journaliste ne prenne pas la peine de distinguer – par un code couleur ? – les informations recueillies sur place de celles récupérées ultérieurement en Amérique. Sans jamais les attaquer directement, l’ONU et son responsable sur place Yasushi Akashi, ni aucun des dirigeants occidentaux ne sortent pas grandis de ce livre et sans doute d’ailleurs de l’Histoire comme elle s’est déroulée.
Après Palestine, un autre grand reportage passionnant, bouleversant et instructif de Joe Sacco. A ne pas manquer.
Vincent
12 Décembre 2001
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J. Sacco
J. Sacco
N&B
Editeur : Rackham Collection : Morgan Octobre 2001 - 128 Pages
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