Les Hérésiarques T. 1
L' Ame creuse
Défier les dieux
La tribu est vouée à Madorak, le dieu de la mort. Le sacrifice centenaire doit avoir lieu et c’est Agon, le meilleur guerrier, qui doit ramener la tête du terrible Xaba-har, seul trophée capable d’apaiser le dieu. Il doit laisser en garantie la vie de sa bien-aimée, au cas où il échouerait. Agon a trois jours. Lors de la chasse le guerrier croise un colosse à tête de lion, Beluch, qui lui fait perdre un temps considérable. A son retour au village, la vie de son amour a été donnée au dieu. Le guerrier enlève alors le corps d’Aldara et décide de tenter l’impossible : atteindre le royaume de Madorak pour lui ravir l’âme de celle qu’il aime et la rendre au corps sans vie. Agon part à la recherche de la clé du royaume des morts, aidé par Beluch qui est devenu un allié.
L’univers de cette BD est vraiment unique. A la croisée des civilisations précolombiennes et de Conan le cimérien, le monde développé est très personnel. La faune, la flore, les paysages sont comme les hommes et leurs coutumes : totalement étranges. Tout cela crée une atmosphère déroutante, à la fois épique et primitive. Le lecteur ressent que ce sont les forces telluriques de la nature qui régissent ce monde où l’humanité est encore jeune, où des créatures hybrides peuvent devenir des amis.
Le dessin sert parfaitement cette créativité. Le trait précis, les couleurs vives, l’expressivité des personnages évoquent l’art des peintres symbolistes du début du vingtième siècle. Les vignettes peuvent soudainement se faire visqueuses et organiques marquant l’irruption de la vie et de la mort, du chaos primitif. Une sourde inquiétude plane sur les planches ; peut-être est-ce dû au rictus de beaucoup de personnages qui laissent apparaître dents et gencives. On pourra malheureusement juger certaines cases un peu statiques, certaines scènes d’action un peu raides, comme si le dessinateur restait crispé dans sa technique.
Quoiqu’il en soit, cet album ne laisse pas indifférent. Loin du médiéval fantastique passe-partout, cette BD heurte le lecteur qui se laisse prendre... ou non. Le scénario fait bien sûr penser à la légende d’Orphée. Manque d’originalité ou choix délibéré de se raccrocher à un de nos plus vieux mythes ? Peut-être est-ce là le propos de Portella et P astoras : revenir à l’Origine, origine du monde et origine de la narration.
Comme souvent, il est difficile de donner un avis sur une série dont c’est le premier tome mais il est certain que les hérésiarques apportent du nouveau à l’épopée fantastique, que ce soit dans la narration ou dans le graphisme.
En tout cas, une BD qui vaut bien mieux que sa couverture et sa maquette, vraiment hideuses.
Gwael
01 Mai 2002
|
C. Portéla
Das Pastoras
Das Pastoras
Editeur : Humanoïdes Associés Fevrier 2002 - 48 Pages
|