Persepolis T. 2
Guerre et fanatisme
La vie devient de plus en plus difficile pour les Iraniens en général et pour la famille Satrapi en particulier : les universités sont fermées, les manifestations d’opposition sont durement réprimées et les femmes ne peuvent plus sortir voilées sans risquer les pires ennuis. Et l’ambassade des Etats-Unis est occupée par les étudiants islamistes condamnant tout espoir d’obtenir un visa pour le nouveau monde. Et le pire est atteint quand l’Irak entre en guerre, provoquant le départ à la guerre de tous les jeunes hommes, la pénurie et l’obligation de se réfugier dans les sous-sols des immeubles lors des attaques aériennes. Il faut se méfier de tout le monde, se cacher des voisins pour boire, jouer aux cartes ou simplement faire la fête. Marjane, du haut de ses douze ans, vit intensément les événements, à la fois très patriotique et révoltée par ses nouvelles conditions de vie. Et elle a du mal à tenir sa langue.
Persepolis pourrait être un livre triste, angoissant. En fait Marjane Satrapi a su préserver, à vingt ans d’écart, son regard d’enfant. Et malgré les sombres événements qui servent de toile de fond à son récit, son livre est d’une exceptionnelle fraîcheur. Pourtant elle voit des voisins mourir, des amies conspuées, sa maman menacée, et en réaction elle pleure, se révolte. Mais une simple fête, un disque ou un poster de Kim Wilde suffisent à lui procurer de petits moments de bonheur. Son récit est d’une telle sincérité, d’une telle justesse sur ses sentiments d’enfant - patriotisme perse anti-arabe, actes de résistance dérisoires comme une première cigarette fumée - qu’on croit tout ce qu’elle nous raconte, sans que naisse l’ombre d’un doute. Pourtant ce n’est que le regard d’une personne et non une vérité absolue. Mais on est tellement pris par le récit que tout esprit critique s’efface. On vit les événements de l’intérieur et c’est passionnant.
D’ailleurs le récit se lit très facilement, Marjane réussissant à minimiser le nombre de commentaires en voix off, faisant vivre les événements à ses personnages plutôt que les expliquant. Parfois - alors on se croirait au théâtre - c’est Marjane jeune qui s’adresse à nous pour nous expliquer la situation. Et si le graphisme et la mise en page n’ont rien d’exceptionnels, ils n’en soutiennent pas moins efficacement le propos.
Un des livres marquants de 2001, comme le premier tome l’avait été l’année passée, se voyant même décerner l’Alph Art « coup de cœur » du meilleur premier album.
Vincent
24 Octobre 2001
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M. Satrapi
M. Satrapi
N&B
Editeur : L' Association Collection : Ciboulette Octobre 2001 - 88 Pages
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