Le Journal T. 1
Le Journal T1
Douleur intime
Au terme de sa lecture, il est bien difficile de commenter ce livre de manière classique, de parler de technique, d'histoire. Fabrice est amoureux de Stéphane, qui, malheureusement, ne le lui rend pas. L'intrigue s'arrête là. C'est peu, et c'est déjà beaucoup. Largement suffisant pour remplir un récit de 110 pages, poignant et haletant de bout en bout.
Car Fabrice Néaud ose soulever le couvercle d’une boîte de pandore rarement ouverte en bande dessinée, celle de la douleur intime, propulsant d'un coup le neuvième art en un âge adulte et douloureux qu'il ne parvenait à évoquer que rarement et encore, de très loin… Le parti-pris de se livrer soi-même, sans fard, confère sans doute une force qui manquait aux précédentes œuvres. En cela, j'ai certainement quelques scrupules à parler encore de bande dessinée. Objectivement, son œuvre devient littéraire et se rattache globalement à un courant nombriliste où le narrateur étale avec ostentation sa vie réelle ou fantasmée. Mais alors qu’aucun des livres issus de cette veine n’avaient jusqu’à présent réussi à me toucher, Fabrice Néaud réhabilite le genre de manière éclatante en utilisant un media (la BD) où on n'attendait pas une telle réussite. Car il faut bien parler de réussite, ou plutôt de combat réussi pour le triomphe de l'émotion intime sur le pâle simulacre, d'expression réussie d'une vie qui touche à l'universalité.
Là où la quasi totalité de la production BD s'attache à "faire impression" sur le lecteur, à reparcourir sans cesse les sentiers battus de l'humour et de l'effrayant avec les mêmes codes qui mettent immanquablement le lecteur à distance, Fabrice Néaud "ébranle" et touche le lecteur en son for intérieur, poussant ce dernier à s'interroger sur sa propre vie, sur l'amour, le rejet, l'abandon, l'exclusion, tant de thèmes difficiles où il aurait été aisé de recourir à des poncifs.
Mais Fabrice Néaud est trop intelligent pour cela, et on se dit que ses tirades existentielles - qu'il rend miraculeusement lumineuses alors qu'elles auraient pu demeurer hermétiques - feraient aussi bien mouche – sous une autre forme - dans un livre constitué de lignes et de caractères, un livre classique, quoi ! Mais ce journal EST un vrai livre, une grande Œuvre. L'œuvre d'une vie fugace et difficile, qui rentre soudain dans la lumière.
Ce livre avait reçu en 1997 l’Alph-Art du meilleur premier album..
Une chronique signée Yves
Invité
01 Janvier 2003
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F. Neaud
F. Neaud
N&B
Editeur : Ego comme X Janvier 1996 - 112 Pages
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