Jonathan T. 13
Saveur du Songrong
La douce musique du pipa
Deux moines tibétains tentent de s’échapper de leur prison mais seul le disciple en réchappe. Il traverse donc seul le Tibet pour retourner au monastère de son maître Tulku Lingpa XI. En vue du monastère il meurt, atteint par une rafale de mitraillette d’un militaire chinois, dans les bras de Jonathan. L’Européen est en villégiature dans cette zone limitrophe entre Tibet et Yunnan pour tenter de reprendre contact avec la belle colonel Lan…
Cosey a un style bien à lui : un découpage alerte et varié mais toujours lisible, une économie de mots, des couleurs en aplats à dominance jaune et bleue, un plaisir à dessiner les visages orientaux… On reconnaît sa patte au premier coup d’œil… Alors on s’attend à ne pas être surpris. Bien sûr il ose sans cesse davantage, des cadrages décadrés, des personnages en ombre chinoise ou carrément des cases entièrement noires si ça fait sens par rapport à la situation et à l’éclairage. On se dit tout d’abord que c’est bien agréable de retrouver un univers graphique et humain que l’on aime. Et que c’est culotté de situer son histoire dans le contexte tibétain… Même si, comme souvent avec Cosey, il ne nous tient pas de grands discours partisans et préfère nous raconter une anecdote presque insignifiante de texte sacré perdu, doublée d’une histoire d’amour. Mais qui servent de prétexte à une peinture juste, toute en petites touches d’un village de l’empire du milieu et à la mise en scène de la domination chinoise sur le Toit du Monde. Comme Jonathan qui ne s’exprime jamais beaucoup et paraît pourtant si « épais » en ne disant presque rien, on sent Cosey tout en pudeur… jusque dans ses histoires d’amour.
Et soudain on décolle, emporté par toutes ces émotions effleurées, tous ces personnages si humains, ces dessins sur lesquels le regard glisse avec plaisir. Et la surprise vient du fait que la magie de Cosey nous touche encore après vingt-cinq ans de carrière… Il continue à faire son sillon sans souci des modes, revenant à son personnage de Janathan quand l’inspiration le lui souffle, le laissant sinon en repos.
Un livre sans fard mais doux et magique.
Vincent
31 Juillet 2003
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Cosey
Cosey
Editeur : Le Lombard Novembre 2001 - 64 Pages
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