Dr Jekyll et Mr Hyde
Le côté obscur de l'individu
Reclus dans son laboratoire, Docteur Jekyll ne parvient plus à retrouver sa forme première. Il reste désespérément prisonnier de son double, Mister Hyde. Pourtant au début, le Docteur Jekyll avait toutes les peines du monde à se muer en Mister Hyde : il lui fallait boire une potion et endurer mille souffrances avant que son corps et son âme ne se transforment. Mais peu à peu, alors que l’absence de retenue du personnage maléfique, ses mille exactions avaient fini par convaincre le Docteur Jekyll de renoncer à l’usage de son double, celui-ci est devenu l’aspect prévalant du personnage, apparaissant sans nécessiter l’absorption de la moindre potion…
Le hasard fait toujours bien les choses puisque au moment même où paraît cette adaptation adulte et BD du roman de Robert Louis Stevenson Luc Lefort et Ludovic Debeurme en réalisaient une version jeunesse et illustrée aux éditions Nathan : L’Etrange cas du Dr Jekyll et de M. Hyde. Egalement remarquable et cette fois accessible à tout public.
Car la version proposée par Kramsky et Mattotti, elle, est tout sauf recommandable aux âmes sensibles : violence, sexe, sang, rien n’est édulcoré. D’ailleurs c’est sur le personnage de Mister Hyde que les auteurs ont concentré leur propos. Délaissant la construction initiale du roman sous forme d’énigme policière puisque « tout le monde connaît déjà l’histoire », le récit raconte de l’intérieur la déchéance du personnage schizophrène, au travers de ses dernières confessions couchées sur papier. Sa difficulté à redevenir un personnage recommandable et en même temps son angoisse de ne plus pouvoir laisser s’exprimer son côté obscur.
Si le récit est particulièrement violent et libidineux, il est transcendé, rendu somptueux par la magie du dessin de Lorenzo Mattotti. Cet auteur italien de BD, de livres illustrés et d’affiches (pour l’opération « Lire en fête » par exemple) a toujours usé de couleurs chaudes dans ses œuvres. Mais cette fois, il use d’une palette devenue incandescente avec des compositions et des teintes rappelant le plus souvent les expressionnistes allemands et parfois les compositions de Kandinsky. Chaque image est un véritable tableau qui s’intègre tout de même parfaitement au récit. Dommage que quelques traductions du texte italien ne m’aient pas parues des plus appropriées.
Avant et après avoir lu ce livre, vous ne pourrez vous empêcher de le feuilleter, de contempler ses images. D’une beauté à vous couper le souffle.
Vincent
20 Mars 2002
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Kramsky
L. Mattotti
L. Mattotti
Editeur : Casterman Janvier 2002 - 64 Pages
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