Gen d'Hiroshima T. 1
En attendant la bombe…
En cette année 1944, la famille de Gen est dans le plus grand désarroi : les restrictions constituent le quotidien d’une société japonaise entièrement tournée vers la guerre, les bombardements américains se font sans cesse plus dangereux et une partie des enfants est éloignée de la ville pour aider à l’usine ou aux champs. Mais surtout, le père de Gen a le malheur de s’opposer ouvertement à la guerre : dans une société fanatisée à l’extrême, une telle prise de position est considérée comme, ni plus ni moins, comme une trahison à la patrie. Du coup tous les membres de la famille Nakaoka subissent les contrecoups de cette véritable mise au ban. Pendant ce temps aux Etats-Unis, les savants du projet Manhattan mettent au point l’arme qui leur permettra de soumettre un pays décidé à se battre jusqu’au bout, quitte à transformer ses jeunes en kamikazes…
C’est la troisième publication en France de cette œuvre élaborée par Nakazawa à partir de 1973, après les tentatives infructueuses des Humanoïdes Associés en 1983 et d’Albin Michel en 1990. Pourtant aujourd’hui, après le succès auprès des adultes d’œuvres telles que Quartiers Lointains de Taniguchi, on peut raisonnablement penser que cette œuvre marquante trouvera enfin son public. D’autant que les éditions Vertige Graphic ont choisi d’en publier les 10 volumes ou 2.700 pages, en restituant ainsi la dimension originelle et lui donnant le temps nécessaire pour s’imposer.
En ouvrant cet album, ce qui marque de prime abord, ce sont ses dessins assez caricaturaux, les visages en pleurs, les attitudes outrées des personnages, la prodigalité des héros en matière de coups de poing. Cela semble très daté. Cependant, au bout de quelques pages, le lecteur assimile tous ces éléments comme un simple code narratif comparable à certains partis pris de mise en scène en théâtre. Pas d’une extrême finesse mais d’une parfaite expressivité et d’une narration limpide.
Car ce que nous fait partager Keiji Nakazawa, au travers de cette œuvre à 80% autobiographique (mais qu’importe ?), c’est le destin tragique de ses personnages, de cette famille au père pacifique avant l’heure. Et si l’émotion est renforcée par le compte à rebours terrible de la bombe homicide, elle demeurerait immensément présente sans la présence de cette épée de Damoclès. Pour aborder une telle période de l’histoire de son pays, ces “tragiques réalités” comme les nomme Art Spiegelman dans la préface, l’auteur ose montrer la société japonaise sous un jour fanatique peu enviable… Même le chef de famille, droit en toute occasion, peut finalement paraître égoïste, sacrifiant le bien être de sa famille au nom d’idéaux justes mais dont la défense est concrètement impossible. Quant aux enfants, entre jeux, admiration du père, dévouement, débrouillardise, embrigadement et enthousiasme pour leur frère aîné parti au front laver l’honneur familial, ils sont criants de vérité.
A la fin du premier tome, la bombe a explosé. Pourtant, on a hâte de découvrir les 9 tomes à venir.
Vincent
16 Juillet 2003
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K. Nakazawa
K. Nakazawa
N&B
Editeur : Vertige Graphic Juin 2003 - 280 Pages
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