Quand on a une âme d’artiste, on commence plutôt mal dans la vie : vos proches vous trouvent feignant, timide, introverti, inadapté pour ne pas dire… fou ! Et puis quand la réussite est enfin au rendez-vous, l’image change radicalement mais demeure totalement artificielle, façonnée par tous les clichés associés au mot « artiste ». C’est beau, être artiste. Mais c’est aussi « beaucoup de misère quand même. » « Je dors mal… C’est comme si je continuais à travailler pendant mon sommeil. Je me réveille vers 14 heures, la tête qui lance, la gueule qui pue. » Manu ne supporte plus Paris alors il part pour Lyon. Le bon choix ? Une source de plus d’équilibre ? Difficile quand on se traîne un caractère d’éternel insatisfait !
On voit beaucoup Larcenet ces temps-ci, chez Dargaud, Dupuis, Fluide… Et à chaque fois pour le meilleur ! Cet album-là est toutefois un peu différent des autres : il provient de cette veine autobiographique, plus rare et plus confidentielle que le dessinateur explore depuis quelques années aux éditions « le Rêveur ». Pendant un an, Manu Larcenet a écrit au jour le jour donc « à chaud » de petits textes sous forme de journal intime. Puis, après les avoir imprimés, il s’est mis à griffonner dessus. Et s’est aperçu que certains dessins faisaient écho au texte « sans que ce soit volontaire ». Il a donc continué d’illustrer ces pages sans faire de travail préparatoire, sans se soucier de lisibilité. Ainsi s’est peu à peu constitué cet album. Ne respectant qu’une seule règle, celle de la chronologie.
Non construit à l’avance peut-être, mais parfaitement lisible et structuré au demeurant. Ce n’est pas vraiment de la BD en fait, plutôt de l’illustration. Mais de l’illustration distanciée avec cette dose d’ironie qu’on retrouve dans tous les récits de Larcenet. Et des dessins somptueux, tantôt tragiques, tantôt dérisoires parfois même surréalistes. Mais superbes toujours. Teintés de la difficulté de vivre de cet artiste se vivant maudit, décalé, insatisfait de tout malgré son talent et sa réussite.
Mais même quand il geint, on continue de l’admirer !
pffff... un truc qu'on ne peut ignorer. Larcenet a des choses en lui, et on sentait l'homme habité. mais de la a comprendre, que dis-je, a approcher l'ampleur de ce que ce mec a en lui, la, c'etait autre chose... puis les Reveurs sont arrivés, et avec eux une petite collection de larcenetteries toutes plus touchantes, interessantes, foudroyantes les unes que les autres. "l'artiste..." beneficie d'une qualité graphique indeniable, pour ceux qui ont encore en tete le Larcenet des "vieux" Fluide, ou l'homme se cherchait encore un peu (et meme s'il dit se chercher encore niveau style, il n'y a guère que lui pour ne pas s'apercevoir qu'il en a un fort maitrisé...), c'est le moment ou jamais de se laisser charmer.