L' Age de raison
Humour des âges très farouches
Un héros blond sans nom traverse les âges farouches. Rejeté par sa tribu, le paléo-looser part en solitaire découvrir le monde. Une première et vaine tentative de domestication, une déception « amoureuse », un vol de nourriture, on vit les petites aventures tragi-comiques de ce balourd au front bas. Etonnant personnage, tour à tour veule et courageux, il développe un réel don artistique. La BD est donc millénaire.
Avec les histoires courtes à la fois drôles et cruelles de ce héros préhistorique, Mathieu Bonhomme explore une voie particulièrement originale. En quelques planches, chaque récit parvient à susciter une émotion, à exprimer son humanité. On rit de la course poursuite avec trois chasseurs après le vol de la dépouille d’une antilope. On s’attriste de la solitude du héros qui s’éloigne abattu sous les arbres. Chaque épisode fait mouche. Le ton est unique, globalement drôle, il reste toujours teinté de cruauté ; cruauté du héros, de ses congénères ou simple cruauté de la vie. Sans édulcorer la difficulté de la survie paléolithique, les instants de grâce de l’homme se civilisant sont saisis. Le héros se révèle capable de créer, d’aimer et de partager, même si ces brefs instants font souvent abruptement place à des actes d’une absurdité ou d’une violence absolues. Et tout cela - prouesse de narration graphique - sans un dialogue articulé.
L’expérimentation est également graphique. Un trait légèrement caricatural et très expressif est soutenu par une mise en couleur étonnante. Des turquoises, des violets déclinés en camaïeu s’étalent en grands à-plats. Ce refus du réalisme chromatique entretien une distance avec le sujet et conforte le côté conte, un peu philosophique, un peu cruel, de l’album.
Le seul défaut de cette succession d’histoires courtes est peut-être un manque de souffle général. Certains pourront rester un peu sur leur faim. Mais c’est aussi ce que veut dire cet album : la vie est une succession d’aventures où l’on peut se révéler sous le meilleur ou le pire des jours, sans grand destin ni grand dessein.
Un album drôle et parfaitement réussi couronné par une nomination à l’Alph-Art premier album d’Angoulême 2003.
Gwael
18 Décembre 2002
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M. Bonhomme
M. Bonhomme
Editeur : Carabas Novembre 2002 - 48 Pages
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