Harmonica
Par la Band
Janvier 2002. Pour faire comme son ami Lewis Trondheim, Joann Sfar emmène un carnet de dessin à Angoulême. Mais en fait, ne l’ouvre pas, s’adonnant avec bonheur à sa nouvelle marotte, l’harmonica. Ce carnet lui servira par contre à noter, tout au long des 6 mois suivants, ses impressions avec pour sujets préférés : son bel instrument et sa fille chérie, Tautmina.
Le Troisième volume du Carnet de bord de Lewis Trondheim et Harmonica de Joann Sfar sont parus au même moment chez le même éditeur. La comparaison est intéressante : là où Lewis conte des anecdotes personnelles se déroulant sur quelques jours, Joann Sfar tient lui un carnet en discontinu sur une longue période. Et alors qu’on sent chez le premier un souci de formalisation, de recul, le second nous offre un document brut, relatant des événements généralement pris sur le vif. On y gagne certainement en sincérité… mais on y perd en densité.
Si certaines réflexions sont passionnantes, certains dessins remarquables et émouvants, le propos manque de cohérence, de fil conducteur. On a bizarrement l’impression de voir quelqu’un en représentation, d’assister à des “private jokes” alors que pourtant, sa démarche est sans doute particulièrement honnête… A travers son livre qui, comme il le fait dire à Lewis, remplace toutefois agréablement une interview, Joann Sfar apparaît comme un personnage toujours enjoué, dynamique et volontaire mais, derrière cette assurance de façade et ces côtés péremptoires, semble un être d’une grande fragilité en angoisse / recherche permanente.
Cet Harmonica souffre du péché mignon de cet auteur d’exception : avoir des pulsions, des envies – et un indéniable talent pour leur donner forme – mais manquer généralement de recul pour leur donner toute l’amplitude, tout le fini qu’elles mériteraient…
Vincent
08 Janvier 2003
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J. Sfar
J. Sfar
N&B
Editeur : L' Association Collection : Côtelette Octobre 2002 - 128 Pages
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