Trois Etoiles
Erotique, révolté mais froid.
Jennifer et Suzanne partagent un appartement parisien en sœurs siamoises… Jennifer, c’est la brune, celle qui fait quelques concessions, cherche du travail. Elle en trouve d’ailleurs, dans un salon de massage « Les Trois Etoiles ». Suzanne la châtain, elle, est plus chatte écorchée et n’hésite pas à se débarrasser des importuns à coups de pieds et de poings. Jennifer et Suzanne rencontrent Marcelle, une belle blonde qui leur ressemble étrangement et devient l’amante saphique de la sœur la plus sauvage…
Trois Etoiles est à la base un scénario refusé pour le cinéma. Le dossier de presse le présente comme une tragédie moderne. Certes tout le monde se flingue à la fin du livre. Mais pour qu’il y ait tragédie, il faut qu’il se produise une exacerbation des passions éprouvées par les personnages… et ressenties par le lecteur ! Là, avec des dialogues - originaux - mais alourdissant le découpage, des personnages très « extérieurs » et des dessins glacés, l’alchimie ne prend pas. Autant un film comme Les Nuits fauves avait réussi à nous toucher et donc à nous captiver, autant la marginalité de Jenny, Suzanne et Marcelle nous paraît infiniment étrangère. Et la présumée « violence sociale » avec.
Sans doute en cause en premier lieu dans cet échec, la façon dont les auteurs abordent le genre bande dessinée… Dialogues inadaptés et surtout dessins glacés. Nora Hamdi est issue du monde des graffs… Le journal Streetlife Stories montre à chacun de ses numéros ce que le monde de la rue peut énormément apporter à la BD. Mais ses dessins à elle, paraissent tout simplement bâclés… Le dossier de presse nous parle de « contestation du modèle esthétique du joli »… Certaines cases de BD ne cherchent pas être belles, elles sont pour le moins efficaces, expressives. Rien de tel ici. De temps en temps un personnage présente une attitude réussie… puis c’est le retour à la facilité. Dommage ! La seule chose d’un peu original et qui fonctionne parfois bien, c’est la composition très explosée de certaines pages.
Enfin, déception ultime, ce livre n’est pas même émoustillant : malgré leurs tétons apparents et leur minijupe, les trois héroïnes font plus peur qu’envie. Et bien plus grave à mon goût, cette BD est tout sauf dérangeante, l’histoire apparaissant totalement artificielle et le lecteur demeurant extérieur aux soubresauts de son cours…
L’arrivée dans le monde de la bande dessinée de talents reconnus est toujours une bonne nouvelle : elle marque l’intérêt que portent à ce médium de plus en plus d’auteurs et d’artistes et représente, a priori, une opportunité d’apport de sang neuf au genre. Malheureusement, les nouveaux venus ne sortent pas toujours gagnants de leur confrontation avec le neuvième art ! Tel est malheureusement le cas de Virginie Despentes…
Vincent
22 Janvier 2003
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V. Despentes
N. Hamdi
N. Hamdi
Editeur : Au Diable Vauvert Novembre 2002 - 144 Pages
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