Hergé, fils de Tintin
On ne choisit pas son père
« Hergé, fils de Tintin » est un gros pavé sans image, avec tout au plus un cahier de photos au milieu de la reliure. Pourtant, il risque de passionner tous les amateurs de BD. Ceux qui comme moi ont appris à lire sur Tintin se sont toujours demandés qui pouvait être son mystérieux Papa. En se renseignant sur le créateur, le curieux se heurtait soit à l’image très lisse et contrôlée que George Remi, alias Hergé, s’était créée ; soit à des réquisitoires sévères sur son attitude pendant la seconde guerre. Benoît Peeters propose de dépasser la « Légende dorée » comme de considérer sereinement les accusations dont a pu faire l’objet Hergé. Il utilise des témoignages et des documents d’époque pour tenter de dresser un portrait fidèle et objectif de Georges Remi.
Dans un récit passionnant et bien écrit, Peeters raconte Hergé. Pour atteindre toute les dimensions du personnage, il est obligé de tresser quatre brins d’histoire : la vie personnelle d’un homme, l’œuvre d’un créateur, l’histoire de la bande dessinée et de ses premiers moyens de diffusion et enfin l’histoire d’une petite bourgeoisie conservatrice tentée par certains discours fascistes. Que découvre-t-on alors ?
L’homme est torturé, avec une vie personnelle parfois houleuse et des nuits rongées par la culpabilité ou la dépression. Hergé est aussi un créateur qui aura de plus en plus de mal à créer, un dessinateur qui devient patron d’une PME, les studios Hergé. On découvre également, que contrairement à ce qu’Hergé a voulu laisser croire, la limpidité de la ligne claire de Tintin n'était pas une évidence mais le produit d’un long et chaotique processus créatif. Enfin, l’attitude ambiguë de Georges Remi pendant l’occupation allemande est évoquée avec honnêteté. Hergé a eu du mal à se dégager de son éducation et son principal objectif restait d’être publié quelles que soient les circonstances. Après la guerre, fidèle en amitié, il n’a jamais hésité à aider ses amis, parmi eux, beaucoup avaient effectivement collaboré.
Sans angélisme mais sans diaboliser non plus, ce livre retrace la complexité d’un homme. C’est aussi un passionnant voyage dans la BD, des années 20 aux années 90, qui permet de croiser des personnages comme E.P.Jacobs, Greg ou Bob de Moor. Le principal défaut de l'ouvrage est de manquer de... BD. Les références précises à des planches ou des vignettes auraient pu être illustrées. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir une collection complète, et encore moins dans des versions d'avant les retouches des années 1960. On pourra aussi regretter un raccourci entre pédophilie et homosexualité en page 38. Une maladresse, sans doute.
A lire, même si on doit y perdre ses illusions. Non, Hergé n’était pas quelqu’un de sympathique.
Gwael
08 Janvier 2003
En grattant la ligne claire
C'est peu de dire que ce livre est passionnant : sa lecture vous captive de bout en bout et vous imprègne tant qu'il est malaisé de s'en dégager.D'immenses qualités de documentation et d'écriture, une alternance de récits et d'analyses...
Seuls regrets : tout d'abord l'absence d'illustration particulièrement frustrante puisque Peeters fait constamment référence à des images inconnues du public... Ensuite une fin de vie d'Hergé moins minutieusement explorée ainsi qu'un "héritage" analysé de façon succincte et très (trop) politiquement correct...
Une grande réussite qui intéressera même les non bdphiles.
Vincent
14 Janvier 2003
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B. Peeters
Editeur : Flammarion Collection : Grandes Biographies Octobre 2002 - 480 Pages
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