Lire la bande dessinée
La BD n'est pas un jeu d'enfant
La Bande dessinée, mélange de texte et d’image a longtemps rebuté les parents et désintéressé les exégètes et autres universitaires. Pourtant, loin d’être la simple addition de deux media, la BD développe son langage propre. A la base de tout, les cases : de chacune d’elle et surtout de leur relation, de leur intervalle naît l’histoire. Ensuite vient la page, son sens de parcours… Un exercice de lecture pas si anodin qui met en difficultés certains adultes non rompus à la chose dans leur prime jeunesse.
Les livres sur la BD ont maintenant accès au format poche et deviennent donc accessibles à toutes les bourses : voici une nouvelle confirmation du statut auquel accède la BD désormais ! Pour sa parution à ce nouveau format, Benoît Peeters a pris le soin de remettre à jour son livre, initialement écrit dans les années 1980.
Benoît Peeters est le complice de François Schuiten pour Les Cités obscures, un spécialiste d’Hergé (son Hergé, fils de Tintin est remarquable) et surtout un critique et théoricien de la BD hors pair. Son objectif avec ce livre : « A partir d’exemples variés, empruntés à l’histoire de la bande dessinée et notamment à Töpffer, McCay, Hergé, Jacobs, Franquin, Fred et Lewis Trondheim, je m’efforcerai dans ces pages de donner quelques clés de compréhension et de lever quelques malentendus. »
L’objectif est parfaitement atteint : Lire la bande dessinée est un livre riche, érudit qui se lit facilement et donne une foule d’informations et de repères autant au néophyte qu’au lecteur confirmé. On regrette simplement, devant la foule de citations que les ouvrages cités ne soient pas repris en annexe… et que la plupart soient épuisés, indisponibles.
Par contre, malgré un effort de remise à jour, le discours et surtout les exemples utilisés apparaissent datés : de Trondheim ne sont analysées que ses œuvres les plus anciennes et oubliées ses expériences actuelles (atomisation de la planche, suppression de la case, multiplication des chemins de lecture…) ; Andreas subit le même sort. La manga, quant à lui, ne semble exister qu’au travers des œuvres de Taniguchi et Ottomo et le comics se résumer à Maus et aux graphic novels. Dans l’analyse du découpage de la planche, on aurait aimé entendre parler d’auteurs tels que Cosey ou Jacamon (ou tant d’autres contemporains), discuter plus en détail du retour en force chez certains auteurs de l’usage du gaufrier (cases régulières). Les citations sont plus riches en écrits sur le neuvième art qu’en albums et séries actuels…
Un livre passionnant et incontournable qui donne envie de le voir réactualisé plus foncièrement (citations plus récentes, analyse des pistes narratives ouvertes ces 5 dernières années).
Vincent
22 Janvier 2003
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B. Peeters
Collectif
Editeur : Flammarion Collection : Champs Janvier 2003 - 192 Pages
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