Retour de flammes
Munoz à Paris
De son ministère des finances, Nastro attend sereinement sa désignation au poste de Premier Ministre. La consécration pour un homme parti de nulle part et ayant réussi à s’élever au firmament de la société française par la seule grâce d’une opiniâtreté sans faille et d’un mariage réussi. Pourtant, alors même que le Président lui confirme officieusement sa future nomination, Nastro n’a plus la tête aux honneurs : sa fille a disparu et un coupé 203 Bordeaux, surgi de son passé, se met en travers de son passage.
Pour qu’un romancier célèbre donne le meilleur de lui-même en BD, il semble nécessaire qu’il s’associe à un auteur déjà confirmé : il n’est qu’à comparer ce Retour de flammes avec le pourtant plus médiatisé – mais pitoyable – Tête de nègre du même Daniel Picouly… En la personne de Jose Munoz, l’écrivain a indéniablement trouvé à qui parler : l’auteur Argentin constitue, depuis plus de 20 ans, une référence absolue dans le domaine du noir…
Avec cet album, c’est la première fois à ma connaissance qu’il dessine une histoire se déroulant à Paris, sa ville d’adoption. Au détour des cases, on reconnaît avec plaisir un bout de pont de Bercy, de la Très Grande Bibliothèque… Mais le décor n’est là que pour situer l’action, soutenir l’ambiance. Avec Munoz, le cœur de l’histoire, ce sont les personnages, leurs visages, leurs sentiments que son graphisme expressionniste rend à merveille.
Pourtant Retour de flammes est moins noir que ses précédentes œuvres. Car le scénario de Daniel Picouly, s’il explore les tréfonds de l’âme de son personnage, ne peut se départir d’une distance, d’une ironie omniprésentes. On sourit à sa représentation de la vie d’un Ministère, à ses clins d’œil à l’actualité récente (Nastro écrit en commentaire à son projet d’équipe ministériel : « Pas assez de femme », « manque une 2ème génération, une surprise pour les journalistes »). Mais du coup, pris entre tragédie humaine et pied de nez, le lecteur se retrouve à la fois admiratif du talent et un peu extérieur au récit.
Vincent
20 Aout 2003
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D. Picouly
J. Munoz
N&B
Editeur : Casterman Collection : Les Romans Janvier 2003 - 80 Pages
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