Lone Wolf and Cub T. 1
En attendant la pluie
Que je bâtisse une montagne de cadavres
Japon, fin du 17ème siècle. Les Tokugawa dominent le strict régime féodal. Les seigneurs locaux et leurs vassaux sont étroitement surveillés par les hommes du shogunat, prompts à étouffer toute tentative de rébellion. Les préceptes intransigeants du bushidô, code d'honneur du samouraï, régissent les relations hiérarchiques entre les castes supérieures. Gens du peuple, roturier et hors castes sont à la merci de l'arbitraire d'un système foncièrement injuste et cruel. Parfois, ils en sont également les instruments.
C'est le cas d'Ôgami Ittô. Ronin, samouraï sans maître, accompagné de son tout jeune garçon, Daigoro, il exerce en tant qu'assassin, louant pour 500 pièces d'or les services de son sabre. Et de son fils. Ingénieux, impitoyable et terriblement efficace, Ittô n'hésite pas à utiliser Daigoro pour mener à bien les missions qui lui sont confiées. Surnommés Lone Wolf and cub (le loup solitaire et son petit), les deux assassins forment un duo étrange : le samouraï nihiliste et l'enfant véhiculé dans un landau de bois, qui fait aussi office d'arsenal ambulant. Tous deux interviennent dans des luttes d'intérêt complexes où les intrigues politiques retorses, l'honneur bafoué et les implacables désirs de vengeance appellent inlassablement le sang.
La condition d'Ittô et de son fils est elle-même la conséquence d'une de ces machinations qui brisent allègrement les individus, leurs familles et leurs clans. Ayant choisi d'emprunter la Voie de l'Assassin, Ittô exécute ses missions et ses adversaires sans se départir de son impassibilité, et sans juger. Il chemine désormais dans le Meifumadô, l'enfer de la brutalité et de la violence, celle de son époque.
Qu'est-ce qu'un classique ?
Kozure Ôkami a connu un immense succès au Japon, lors de sa parution initiale au début des années 70 et de ses multiples rééditions. Traduit en anglais, sous le titre Lone Wolf and cub, il a traumatisé nombre de dessinateurs (et de lecteurs !) anglophones, Franck Miller en tête. Le voici enfin disponible en français.
Morceau de bravoure, tant du point de vue formel que scénaristique, ce premier volume ne donne pourtant qu'un aperçu de la vigueur graphique et de la profondeur narrative de cette saga de 28 tomes D'emblée, l'assassin et son fils sont montrés dans leurs œuvres. On ne connaît pas exactement les raisons de la déchéance d'Ittô, qui pourtant motivent ses actes, mais les prémices de la série sont là. Le ronin exige qu'on lui expose les raisons de l'assassinat qu'on lui confie, découvrant ainsi les rouages d'une société qui, sous l'égide des shoguns, en a finit avec les guerres civiles mais pas avec les luttes intestines.
Kazuo Koike se livre ainsi à la radiographie d'un pays et d'une époque tout en contant des histoires haletantes et dynamiques, servies par le style résolument cinématographique de Goseki Kôjima. Personnages principaux et secondaires vont progressivement mûrir et s'affirmer, Ittô notamment perdra l'aspect goguenard qu'il arbore encore dans ce premier tome pour acquérir une dimension nouvelle, archétypale. Daigoro et Retsudô Yagyû, à peine entrevu ici, vont gagner en importance et en charisme. Lone Wolf va prendre les dimensions d'une fresque et d'une épopée.
Italo Calvino disait d'un classique que c'est est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire. Séminal et imposant, Lone Wolf and cub peut indéniablement prétendre à ce statut.
Une chronique signée Audrey
Invité
08 Octobre 2003
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K. Koike
G. Kojima
N&B
Editeur : Panini Comics Collection : Génération Comics Juin 2003 - 296 Pages
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