« Je suis pauvre et malade. Malade comme ce pays… »
A Tokyo, au tout début du XXème siècle. Symboliquement, cette histoire commence dans le tramway, emblème de la prospérité et de la modernité de la capitale japonaise, alors en pleine révolution Meiji. Ishikawa Takuboku est le héros (ou l'anti-héros !) de ce récit. Ce jeune homme veule est le premier à reconnaître et déplorer ses défauts et ses faiblesses. Impécunieux, il doit subvenir aux besoins de sa famille mais ne peut s’empêcher de dilapider son maigre pécule dans le quartier des plaisirs de Tokyo. Forcé sans cesse d’emprunter de l'argent à ses amis ou de réclamer des avances à son patron, il est dégoûté par sa lâcheté et son inconstance. Travaillé par des velléités suicidaires, il appelle de ses vœux une maladie qui lui fournirait le prétexte de s'absorber dans ses rêveries et son imaginaire. Une attitude qui contraste avec la violence sous-jacente d'une société en proie aux troubles sociaux et politiques.
Finalement, Ishikawa Takuboku ne trouve de repos que dans la poésie. Une poésie dont il renouvelle l’expression et les thèmes, à tel point qu’il sera reconnu plus tard comme l'un des plus grands poètes modernes du Japon.
L’action du tome 2 d’au temps de Botchan se situe quatre ans après celle du premier volet. Natsume Sôseki, acteur central du tome 1, n’est plus ici qu’une figure périphérique. De même, les procédés narratifs employés sont différents : si le premier volume mélangeait allègrement les histoires vécues et leurs transpositions littéraires, montrant comment les névroses et préoccupations de l’écrivain Sôseki et de sa génération ont nourri son œuvre (le "Botchan" du titre), ici le récit est plus linéaire, plus simplement biographique. Il s’agit de montrer une partie de l’itinéraire (fulgurant) du poète Ishikawa Takuboku.
Si les deux tomes d’Au temps de Botchan sont différents dans leur forme, ils présentent des similitudes quant à leur façon d’aborder les traumatismes d’une nation à travers le prisme de sa littérature. Comme Sôseki, Ishikawa Takuboku nourrit une relation ambiguë avec l’occidentalisation à marche forcée du Japon. Séduit par la modernité et ses réalisations techniques, comme lorsqu’il s’enthousiasme des exploits des premiers aviateurs au cinéma (une autre innovation étonnante !), Ishikawa n’en reste pas moins attaché à "l'âme" de son pays. Un sentiment d’autant plus précieux qu'il est avivé par la conscience de l'obsolescence programmée d'un mode de pensée et de vie radicalement étranger à ce qu'offre l'Occident. Comme Natsume Sôseki, Ishikawa Takuboku intègre cette tension à son art, il l'en abreuve, mentionnant les avions dans ses poèmes tout en étant fasciné par les idéogrammes séculaires de sa langue natale.
Son aliénation reflète celles d'un pays en proie à des changements vertigineux et à leur assimilation brutale. En plus du "désenchantement du monde", le Japon de Sôseki et Ishikawa Takuboku doit composer avec une perte irrémédiable d'identité.
On célèbre avec "Au temps de Botchan" de Jirô Taniguchi et Natsuo Sekikawa la "première manga littéraire de la bande dessinée", le récit est foisonnant, les informations nombreuses, la thématique indubitablement riche et le trait de Taniguchi toujours aussi agréable. Mais il lui manque peut être à ce (cette) manga un supplément d'émotion, le genre de sentiments subtils que Taniguchi a su transmettre dans d'autres œuvres, plus intimes (Le Journal de mon Père ou Quartier Lointain). Au Temps de Botchan est un travail imposant mais il est difficile de se départir de l’impression qu'il est un peu trop appliqué. Une impression que la construction de ce tome 2, plus classique que celle du 1, renforce.
Le premier volume se concentrait principalement sur l’écrivain japonais Natsume Soseki, le deuxième nous offre le quotidien du poète Ishikawa Takuboku. Coincé entre les traditions du Japon impérial et les valeurs modernes, Takuboku fait figure de raté. Il ne sait assumer le quotidien, il ne sait assumer son rôle d’époux et de père, il ne sait se plier aux horaires du travail. A peine a t-il gagné quelques yens qu’il les dépense dans le quartiers des plaisirs ou en s’offrant des éditions rares. Malgré cela, ses amis lui restent fidèles. C’est une nouvelle tranche de vie que nous offre ce deuxième volume. davidson