C’est la guerre. On dirait même que c’est la bataille de Verdun. Mais qu’importe la date, qu’importe le lieu : c’est surtout une boucherie. Dessinée en noir et blanc.
Quand le silence des cadavres est pire que le bruit des obus. Quand s’abriter à l’arrière du front, ou se réfugier dans les tranchées, n’est pas mieux que combattre. Quand on crève d’envie de trucider son officier ou quand on abat par pitié un ennemi à l’agonie. Quand on devient fou… le monde est en noir et blanc.
Le regard d’un soldat en vision subjective. Expression de la souffrance. Pas de mot. Des titres à chaque scène, comme pour un vieux film en noir et blanc. Les gros plans déforment. Les plans larges exacerbent la violence des scènes. L’imagination des lecteurs doit travailler, remplir les blancs entre les cases. Aucune passivité n’est permise pour lire ce petit album. Qu’est-ce qu’on voit au juste, dans ce champ ? Est-il couvert de piquets, de fusils dressés ou des croix de tombes ? Qu’y a-t-il derrière les verres fumés des masques à gaz ?
Nicolas Juncker nous montre ce qu’on n’ose jamais regarder. Le lecteur est assourdi de cris et d’explosions muets.