Soupe froide
Pour la dignité
Tout comme Martin Winckler (l’auteur de «La maladie de Sach»), qui a préfacé sa première BD, Charles Masson est médecin. Sa spécialité en ORL l’a amené à côtoyer des clochards atteints du cancer de la gorge et a poussé ce néophyte à choisir le média bande dessinée pour raconter les dernières heures d’un de ses patients SDF.
Cet homme, abandonné par les siens et la société, sait qu’il va mourir mais il s’enfuit, en pleine nuit, d’une maison de repos, pour rejoindre, pieds nus dans le froid, l’hôpital où il avait reçu des soins. Perplexe devant le parcours apparemment incompréhensible de celui qu’il qualifie de SIP («Sans intérêt particulier»), Charles Masson finit par réaliser, en discutant avec d’autres clochards, que l’humiliation qu’avait subi son patient était à l’origine de ce voyage vers la mort : une infirmière avait osé lui servir une soupe froide et il estimait que ce genre de repas était tout juste bon pour les chiens.
Comme nous l’avons déjà souligné, ce n’est donc pas un ouvrage réalisé par un professionnel du 9ème art et pourtant, ce poignant témoignage est profondément convainquant du point de vue narratif et graphique. A l’heure où la France se remet à peine de l’hécatombe de la canicule, alors que les premiers frimas arrivent et risquent de faire de nombreuses victimes parmi les sans logis, ce portrait original tombe à point nommé et met en relief la complexité de la nature humaine.
Gilles
03 Décembre 2003
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C. Masson
C. Masson
Editeur : Casterman Collection : Ecritures Novembre 2003 - 136 Pages
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