Rien de neuf à Fort Bongo
Passions africaines
Partir… Pour celui qui ne supporte plus son existence présente, ce peut être une planche de salut salutaire. C’est du moins ce qu’escomptait Raoul Cordier en signant son contrat d’un an à Fort Bongo pour le compte de la Traficona Internationale. Mais même sous le soleil d’Afrique, le colon d’occasion continue à trouver « à sa vie un goût fade, un parfum de chair molle, filandreuse, une absence totale d’intérêt. » Ni la chasse au gros gibier, ni l’exploration de l’arrière-pays ne réussissent à le détourner de lui-même et de sa déprime. Du coup, ce sont ses congénères qui se détournent de lui. Pourtant, la visite de l’inspecteur général de la compagnie – et de sa charmante fille – va venir bouleverser l’existence du triste célibataire.
Autant je n’avais pas été convaincu par la précédente collaboration de Loustal et Coatalem, autant j’ai succombé à ce Rien de neuf à Fort Bongo. Tout d’abord graphiquement. Dans Jolie mer de Chine, Loustal avait commencé à d’avantage user de grisés, d’ombrages. Mais il avait conservé ses habituelles – et somptueuses – couleurs vives et je trouvais le mariage des deux mal assorti. Cette fois, il use de couleurs plus en demi-teintes, comme écrasées par le soleil et qui supportent bien mieux les jeux de gris. Il est amusant de voir Loustal faire évoluer son graphisme – et surtout sa mise en couleurs – dans une direction qui le rapproche de celui qu’on considérait parfois comme un de ses disciples, Christian Cailleaux (auteur des Imposteurs).
Quant au scénario, on ne sent nullement qu’il est constitué de deux nouvelles indépendantes qui ont été fusionnées pour l’occasion. On est au contraire tenu de bout en bout par la dérive du personnage, une tragédie humaine comme Loustal aime à les mettre en images. Raoul Cordier est marqué par un destin impitoyable auquel on sait qu’il n’échappera pas. Pourtant on tient à connaître et à suivre le chemin – pitoyable – de son inexorable descente aux enfers. Un grand Loustal.
Vincent
04 Fevrier 2004
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J. Coatalem
J. de Loustal
J. de Loustal
Editeur : Casterman Collection : Un Monde Janvier 2004 - 64 Pages
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