Jimi Hendrix
La Légende du voodoo child
The angels will spread their wings, spread their wings
Paradoxalement, cette biographie commence par sa fin : le 18 septembre 1970 à Londres Jimi Hendrix s'éteint, à l'âge de 36 ans. Cette mort précoce accentue tragiquement la fulgurance de la trajectoire d'un guitariste hors pair, qui a révolutionné le rock et littéralement ré-inventé son instrument. A l'orée des années 70, Hendrix crée un son nouveau à une époque où les expérimentations musicales sont pourtant légion. Un son inédit qui se nourrit des influences musicales et culturelles variées du musicien noir, dont la grand-mère était "100 % Cherokee ". L'itinéraire de Hendrix ressemble à ces carrières tragiques de rock stars : débuts difficiles voire miséreux, années de galère semi-bohèmes puis explosion de notoriété, avec abondance de gloire, d'argent et de dangers. Cependant, Hendrix a son propre univers, ses chimères propres qui ne sont comparables à aucune autre, de la même façon que personne n'a jamais joué de guitare comme lui, ni avant, ni après.
L’exercice biographique en bande dessiné est aussi périlleux qu’en prose, les dangers identiques, de la pieuse hagiographie au laborieux rabâchage de faits et d’anecdotes, en passant par pléthore de points de vue intermédiaires, peu enthousiasmants. Martin Green et Bill Sienkiewicz ont choisi une autre voix. Leur admiration pour le musicien est patente et on retrouve bien dans leur ouvrage les grands moments de l’histoire hendrixienne : le recrutement des membres du « Jimi Hendrix Experience », la guitare brûlée pour faire la nique au Who, l’erreur de casting surréaliste de la tournée avec les Monkees, l’hymne américain à Woodstock, les embrouilles des contrats signés sur un coin de table et qu’il faut honorer…
Mais ils ne s’embarrassent pas de détails, omettant certains aspects de la « légende » (l’hypothétique échange d’insultes racistes entre Townshend et Hendrix à Monterey par exemple) pour insister d’avantage sur l’univers intérieur de Hendrix, tel qu’il s’est exprimé au travers de ses chansons et de ses écrits personnels, abondamment cités (on signalera au passage avec soulagement, et gratitude, que les textes des chansons sont en version originale, avec une traduction en fin de volume).
Le style vaporeux de Bill Sienkiewicz sied à la description de l’imaginaire de Hendrix, un univers fantasmagorique, métissé et onirique caractérisé par les références à la magie, au shamanisme, à la « brume pourpre » des envoûtements. La zeitgeist du début des années 70 n’est pas absente pour autant, pas plus qu’elle ne l’est des chansons de Hendrix, mais les bouleversements historiques de l’époque sont abordés en tant qu’ils influencent la création du musicien. De même, les références à la scène pop sont parois très allusives (les ex-fans des 60’s s’y retrouveront cependant sans peine !).
L’écueil le plus pénible d’une biographie est sa dimension (prétendument) explicative. Sienkiewicz et Green l’évitent en faisant de la vie d’un artiste une œuvre à part entière, un hommage personnel et subjectif, fidèle à l’esprit de son objet.
Une chronique signée Audrey
Invité
04 Fevrier 2004
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Green
B. Sienkiewicz
B. Sienkiewicz
Editeur : Delcourt Collection : Contrebande Janvier 2004
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