Monsieur Crocodile se réveille un matin en ayant « beaucoup faim », mais il n’a plus rien à se mettre sous la dent. Il part explorer la jungle et n’y récolte qu’ennuis. Après une association finalement infructueuse avec un cochon, il décide de se rendre dans la grande ville la plus proche. Dans l’autobus qui l’y conduit, il se fait remarquer en dévorant une bonne partie des passagers. Là, il sympathise avec une petite fille qui accepte de l’héberger chez sa tante avec laquelle elle vit, ses parents étant en prison. Le crocodile tente de devenir végétarien, mais son naturel revient bien évidemment au galop !
Cet album est l’un des six premiers de la collection Bréal Jeunesse dirigée par Joann Sfar et présentée dès le début comme un lieu de copinage - la conception graphique est d’ailleurs confiée à Jean-Christophe Menu. Reprenant le format de certains - vieux ? - manuels scolaires, les livres de cette collection sont de beaux objets, à la fois classiques et originaux et tiennent aussi bien du livre pour enfants que de la bande dessinée.
Quant à cet album, c’est du Sfar créatif, délirant, cruel, poétique, drôle, sarcastique et tendre à souhait. Comme souvent, l’auteur place un personnage en dehors de son milieu originel et observe ce qui se passe, notamment les réactions explosives et ces dernières ne manquent pas de se produire. Comme Zep et d’autres auteurs de la bande à Tchô! rendent compte du monde de l’enfance comme s’il était vu de l’intérieur, Joann Sfar sait tout particulièrement donner corps aux délires que se font les enfants, y apportant une touche supplémentaire qui est celle de la distance que lui confère son statut d’adulte. Il en résulte un album haut en couleurs que ne renierait certainement pas le grand Fred.