Gen d'Hiroshima T. 3
Petit père courage.
Une semaine environ s’est écoulée depuis l’explosion de la bombe atomique à Hiroshima. Gen, sept ans, doit nourrir sa mère et sa petite sœur, née dans les décombres de la catastrophe. Il accepte un travail répugnant : s’occuper des plaies infectées d’une victime de la bombe que la famille, révulsée, ne veut pas soigner.
Le petit garçon erre dans un Japon qui l’indigne. Pour les uns, c’est la loi de la jungle : ceux qui luttent pour survivre s’appuient sur la tête des autres pour se hisser hors de la misère. Les épargnés, eux, se cachent derrière leurs civilités et/ou leur argent pour se préserver des conséquences de la catastrophe. Aucun entraide, aucune pitié, ou presque.
Eduqué par un père pacifiste et droit, Gen n’a pas sa langue dans sa poche pour dénoncer les comportements qui l’indignent. Peut-être parce qu’il est un enfant, il ne fait aucune concession à ses principes et aide du mieux qu’il peut ceux qui ont besoin de lui. Le lecteur suit avec avidité cette voie que montre le gamin. S’en sortira-t-il ? A quel prix ?
Les critiques de la BD ont été parfois agacées par ce personnage de Gen, très démonstratif, larmoyant et colérique. Est-ce là réellement le comportement d’un enfant qui a vu brûler vifs son père, sa sœur et son petit frère ? Est-ce qu’un petit garçon qui a eu de tels traumatismes peut vraiment avoir le courage, la droiture, l’énergie et les bavardages de ce petit héros ?
Le récit de Keiji Nakazawa est en grande partie autobiographique, est-ce possible que le dessinateur ait été aussi « parfait » que Gen ? En tout cas, Keiji Nakazawa n’a sans doute rien inventé dans ses descriptions des comportements dans la catastrophe.
Gen, plus qu’une personne, est un personnage, c'est-à-dire quelqu’un de mis en scène. L’auteur utilise ce personnage d’enfant à la logique simple, pour qu’aucune ambiguïté ne soit jamais possible dans ce qu’il décrit. Gen n’est pas vraiment Keiji Nakazawa : c’est un outil pour montrer du doigt des choses terrifiantes, pour appuyer aux endroits douloureux et raviver les mémoires. D’où ces dessins de cris, de larmes, de poings serrés.
L’auteur n’est plus une victime enfermée dans son mutisme, il a pris du recul, il a un vrai discours. Parfois caricaturaux, ses dessins sont aussi clairs que ses messages. Néanmoins, il y a bien plus qu’une volonté d’efficacité dans cette bande dessinée : « Gen d’Hiroshima » est un des mangas les plus durs et les plus beaux qui soient jamais parus en France.
Marielle
24 Mars 2004
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K. Nakazawa
K. Nakazawa
N&B
Editeur : Vertige Graphic Janvier 2004 - 262 Pages
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