Number 5 T. 2
Warhol et Dali à Tokyo
Une terre futuriste où abonde une faune étrange. Un monde où l’écologie semble avoir triomphé et la population humaine décrue. Calme et harmonie. Ce futur est stabilisé par la très paradoxale « armée internationale de la paix » qui parait ne plus avoir d’ennemi. Ce corps supra-national, divisé en 9 brigades est dirigé par un conseil de neuf membres tous plus étranges les uns que les autres. Ce conseil appelle « Papa » un mystérieux scientifique qui se promène très dignement vêtu d’un costume de lapin en peluche !
Un grain de sable vient gripper l’harmonieuse mécanique. Number 5, sans raison apparente, commence à dessouder un par un ses petits camarades de conseil. La traque commence.
Taiyou Matsumoto est un artiste unique. Mangaka curieux des autres traditions de la BD, il trace un sillon très personnel, quasi expérimental. Que ce soit dans des histoires courtes, avec « frêre du japon » ou dans un récit plus ample, avec le troublant « Amer béton » qui évoque la violence enfantine, il déploie une narration graphique décalée aussi étrange que fluide.
Quand on annonce un long récit de science fiction réalisé par cet auteur, la curiosité est grande. D’emblée on retrouve la meilleur de Matsumoto. Avec un dessin anguleux et polymorphe, il explore jusqu’au bout les possibilités de son sujet. Avec « Number 5 », il fait le choix d’un ressort apparemment simple : un conseil dirigeant devant faire face à une rébellion en son propre sein. Mais tout le traitement surprend. Contrairement à la mode pessimiste des anticipations actuelles, ce monde futur apparaît pacifié. La technologie a connu un grand bond en avant mais les animaux sont omniprésents autours de civilisations aux caractères très ruraux. Enfin, l’esthétique de ce futur est délirante, parfois burlesque : palais surmonté d’un cochon ailé, harengs qui hésitent entre ciel et mer, costume de lapin en peluche.
Pourtant au milieu de cette étrangeté quasi-surréaliste, les rapports entre personnages sont traités avec finesse. Par petites touches on découvre les liens complexes qui unissent « les neuf » et « Papa ». Il y a une véritable psychologie dans cet BD chamboulée.
Le seul véritable défaut de cet album est le même que celui du précédent ou des autres œuvres de Matsumoto. C’est une BD un peu difficile d’accès. L’ambiance et l’envoûtement de cette oeuvre peuvent laisser indifférents certains qui jugeront l’album trop expérimental ou cérébral.
La science fiction revisitée par un créateur d’univers.
Gwael
07 Avril 2004
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T. Matsumoto
T. Matsumoto
N&B
Editeur : Kana Collection : Made in Japan Mars 2004 - 138 Pages
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