Le Marquis d'Anaon T. 3
La Providence
Le spectre du Hollandais volant.
Dans un salon parisien, Jean-Baptiste Poulain surnommé Le Marquis d’Anaon est violemment pris à partie : sa réputation – excessive et erronée – de maître des sciences occultes l’a suivi jusqu’à la capitale. Pourtant le jeune homme fait mieux que se défendre de ses détracteurs : son discours séduit la Comtesse d’Almedia qui lui propose de l’accompagner en Andalousie pour animer son salon. Le faux Marquis accepte et embarque bientôt sur un navire à destination de l’Espagne. Mais bientôt le navire est pris dans une tempête d’où surgit… un navire fantôme.
Tout me séduit dans ce scénario de Fabien Vehlmann : d’abord le soin qu’il prend à resituer son personnage, son parcours, son époque, ensuite sa peinture de la société et des hommes, la richesse de sa langue. Enfin, il joue habilement avec les mythes sans se laisser berner par eux, sans choisir la facilité d’une issue fantastique. Un peu comme dans Scoubidou (auquel le livre ne ressemble nullement, je vous rassure), chaque mystère a son explication cartésienne. Mais là où le dessin animé s’enferre à répète sans arrêt le même schéma, Fabien Vehlmann construit des intrigues variées qui, surtout, permettent de brosser des portraits de personnages saisissants, de camper des lieux et ambiances différentes : une île bretonne, un village auvergnat, un navire.
Il parvient même à faire grandir de façon crédible l’aura « magicienne » de son personnage alors que l’action, les convictions du dit Marquis sont rigoureusement scientifiques. Cette réputation permettra sans doute à ce que le Marquis soit confronté à de nouvelles intrigues, appelé à la rescousse en raison de ses talents supposés. Enfin, l’enracinement du propos au 18ème siècle permet au scénariste de jouer sur les croyances populaires, foison à cette époque et sur lesquelles nous avons plus de recul que sur celles d’aujourd’hui… Dans ce troisième tome, il met en scène un brillant thriller maritime avec suspense, amour, trahison.
Mais un tel propos ne saurait toucher le grand public sans l’art d’un illustrateur de grand talent : Matthieu Bonhomme confirme à chacun de ses dessins qu’il est un des plus prometteurs dessinateurs réalistes actuels. Et même si je trouve dans ce livre sa mise en scène un peu plus statique, si la mise en couleurs – signée Delf – des premières pages m’a moins enthousiasmé qu’à l’habitude, cela demeure une œuvre formidablement mise en pages, avec des visages saisissants dont le “jeu”, l’expression sont d’une formidable justesse.
Une de mes séries d’aventure préférées.
Vincent
15 Septembre 2004
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F. Vehlmann
M. Bonhomme
Delf
Editeur : Dargaud Septembre 2004 - 52 Pages
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