Luc Leroi T. 7
Toutes les fleurs s'appelent Tiaré
Dans les coulisses de l'exotisme
Luc Leroi joue à " je t'aime moi non plus " avec une jeune femme adepte des piercings. Lors d'une crise du couple, il s'échappe de chez lui, se retrouve à inviter au restaurant une standardiste du journal pour lequel il travaille, rencontrant alors un Chinois de Polynésie qui lui raconte sa vie, son ascension sociale et les magouilles qu'il effectue. Comme Luc Leroi lui a permis d'échapper à une mort par étouffement en lui tapant dans le dos, cet homme lui offre en guise de remerciements quelques perles noires. Intrigué par le récit qu'il vient d'entendre, Luc se rend à Tahiti afin de se détendre et, parallèlement, d'y glaner la matière pour un article. Mais voilà : le Chinois est tué, ses rivaux tahitiens croient dur comme fer à l'histoire de contrat qu'il aurait mis sur eux au cas où il lui arriverait un drame et, pour couronner le tout, ils voient en Luc Leroi le tueur venu les exécuter.
Toutes les fleurs s'appellent Tiaré aurait pu être un film d'Alfred Hitchcock dans la lignée de Mais qui a tué Harry ? ou une comédie noire anglaise de la fin des années cinquante. Jean-Claude Denis réalise ici quelque chose de très rare en BD et plus commun au cinéma : un total mélange des genres. Cet album tient de la chronique, du polar, de la comédie… mais également du récit amoureux, de l'aventure exotique, voire même de l'essai social. Ainsi, Denis nous présente le désarroi existentiel et affectif de son personnage avant de plonger celui-ci dans une quête identitaire qui vire rapidement au scénario policier machiavélique dans lequel tout le monde en veut à cet individu sans qu'il ne s'en rende compte, celui-ci continuant de nouer des relations dans le Tahiti des Tahitiens - et non dans celui des touristes. On termine la lecture de cet album en étant comme sur un petit nuage, enchanté et légèrement mélancolique, dépaysé, amusé et agréablement surpris et on se dit que Jean-Claude Denis peut continuer à mettre du temps entre chaque nouvel album, tant la mécanique de précision qu'il construit est rare et réjouissante.
Boris
20 Décembre 2000
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J. Denis
J. Denis
Editeur : Casterman Novembre 2000 - 56 Pages
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