Fernand, le vampire à tendance neurasthénique, s’est résolu à sous-louer une partie de son château désormais déserté par Liou, son ex-copine : Magda sa nouvelle colocataire, artiste de son état, est une belle brune mais plutôt du genre pénible. Cela rassure un peu Liou la mandragore qui, bien que séparée de Fernand, n’apprécie pas trop le voir en si bonne compagnie… Elle vient même le lui dire de vive voix. Inévitablement, les deux amants se retrouvent… pour peu de temps car Liou voudrait que Fernand l’écoute au lieu de chercher à l’embrasser. Dépité, Fernand s’envole dans la nuit.
Le monde imaginaire de Joann Sfar (développé dans Petit Vampire, Grand Vampire et quelques albums à L’Association) possède un charme fou. Mêlant personnages imaginaires d’horizons différents, il développe sa propre logique et cohérence. Surtout, chacun de ses personnages, bien que fantastique, est empli d’une touchante humanité qui le rend très rapidement cher au lecteur. Grand Vampire, être de la nuit, nous est à la fois si éloigné et si proche…
Le problème avec les bandes dessinées de Joann Sfar c’est que leur caractère improvisé met parfois en péril leurs attraits, l’intrigue ou le propos se diluant en court d’album. Avec La Communauté des magiciens, rien de tel malgré plusieurs rencontres féminines… Est-ce parce que l’auteur a invité son épouse, Sandrina Jardel, à collaborer au scénario ? Toujours est-il que si le découpage des planches (gaufrier de 8 cases puis de 6 puis de 10, parfois régulier, parfois non et ce sans corrélation avec le propos) trahit encore le côté spontané de la réalisation, le propos est tenu de bout en bout, à la fois ballade sentimentale et aventure à rebondissements.
On retrouve avec plaisir les tribulations de Grand Vampire aux bras cette fois de Nope la sorcière, une "rousse à tomber par terre". Les personnages sont toujours aussi attachants et le scénario plus construit que les précédents. Sans doute un des meilleurs albums de la série. sakharine