En mission humanitaire en Afrique avec la Croix Rouge, Véra Mickaëlov apprend la mort de Jakob, son père. Le jour de l’enterrement, elle fait connaissance avec une partie cachée de sa famille et découvre qu’elle n’était pas seule dans le ventre de sa mère. Véra a été élevée par son père et son frère, Kolya, par la sœur de sa mère, sa grand-tante. A l’âge de 17 ans, il s’engage dans la marine et envoie de ses nouvelles à chacune de ses étapes. Mais depuis cinq ans, silence radio. Véra est bouleversée, plus moyen de penser à autre chose qu’à son frère, auquel elle était attachée par la main à la naissance, en témoigne cette cicatrice indélébile. Sans pousser la réflexion, elle se lance à sa recherche et mène l’enquête dans le Pacifique où il aurait été vu pour la dernière fois. Mais de marin, Kolya est passé pirate. Il est même devenu le chef d’un gang se nourrissant de la misère et du désespoir des bidonvilles. Kolya n’existe plus, seul El Niňo subsiste. Du moins c’est ce que croit Véra, car pour ses ennemis comme pour ses frères d’arme, il a disparu en mer. Sa pugnacité l’entraînera dans les pires emmerdes.
A la base, El Niňo est un courant océanique capable de réchauffer sensiblement les eaux du Pacifique tropical. Il sévit le long des côtes de l’Equateur et du Pérou et au large des îles Galapagos. Pendant plusieurs mois, cette partie de l’océan est complètement chamboulée, les poissons sont moins nombreux, toute une frange de la faune et de la flore marine disparaît, contraignant les pêcheurs à rester au port. Le parallèle est très vite fait avec notre El Niňo à nous, imprévisible, incontrôlable, imposant autorité et respect, capable, comme personne, de chauffer les esprits et l’atmosphère et surtout de ruiner pêcheurs et embarcations potentiellement lucratives. El Niňo est un pirate invisible. Il a tissé sa toile entre l’Amérique du Sud et l’Asie du sud-est, au beau milieu du Pacifique où il est censé avoir disparu. Véra, sa sœur, ne veut pas le croire. Depuis qu’elle a appris l’existence de Kolya, son siamois, elle n’a plus qu’une idée en tête, le retrouver, coûte que coûte. Et elle est en train de prendre cher la miss.
Infirmière engagée corps et âme dans l’humanitaire en zone périlleuse, elle flirte à présent à tout moment avec la bordure, jusqu’à se rendre complice de l’évasion d’une meurtrière sauvage mais maman de l’enfant présumé de Kolya. Véra est empêtrée jusqu’au coup et le lecteur avec. L’aventure est enthousiasmante, le suspens imperturbablement préservé, l’action est haletante mais l’énergie débordante de la très attachante, de la très charmante, de la très sensuelle et voluptueuse Véra, commence à lasser. Elle saute trop facilement d’un bateau à l’autre, d’un pays à un autre, tombe trop aisément sur les bons interlocuteurs d’une enquête pourtant promise à l’échec. Outre cette faiblesse scénaristique, qui pourrait, à terme, coûter l’intérêt de la série, le point fort est incontestablement l’évolution psychologique de l’héroïne, habillement monté en mayonnaise par Christian Perrissin. Rien à redire sur la partie graphique signée Pavlovic, réaliste, propre, sans excès et bien servi par les couleurs chaudes de circonstance de Sébastien Gérard.
Après l’Equateur, c’est en Indonésie que Véra nous amène pour ce troisième tome. Véra s’enfonce de plus en plus dans les magouilles de son frère et on est donc bien loin de la sage infirmière qui travaillait pour la Croix Rouge au Rwanda. Sa quête et son égoïsme l’isolent de plus en plus et c’est même dans l’illégalité quelle finit par sombrer.
C’est cette évolution psychologique de Véra qui est intéressante au sein de ce récit d’aventure où l’action et rare, mais où l’enthousiasme du lecteur reste pourtant intact.
De l’Amérique du Sud à l’Asie, les décors de Boro Pavlovic du tiers-monde sont toujours aussi réalistes. yvan