Bobi
Dessins sans dessein
Manifestement déprimé par la grisaille parisienne d’un mois de février, Georges Bess laisse aller son nouveau stylo Rotring sur son nouveau carnet, tous deux étant évidemment magiques. Au fil des dessins et des jours, apparaît sur le papier tout un tas de formes, de personnages, de scènes : arbres-squelettes, hommes monstrueux, animaux… Puis un jour naît un personnage énigmatique, muet et doué de sa propre gestuelle comme l’est un mime : Bobi. Georges Bess laisse toujours son stylo ouvrir le bal, mais c’est désormais Bobi qui mène la danse… et son dessinateur par le bout du nez !
Paradoxalement, ce sont les pages précédant l’apparition de Bobi, les trente premières, qui comptent parmi les plus fortes de l’album. Georges Bess y laisse manifestement voguer ses états d’âme en guise d’explication, comme il laisse glisser son stylo sur les pages de son carnet. Le résultat est malicieux, touchant et constitue un magnifique témoignage sur la création artistique. L’apparition de Bobi resserre davantage la problématique, même si elle l’ouvre sur autre chose : l’autre côté du miroir et les différents rapports qu’entretiennent réel et imaginaire. Là, nous sommes alors dans quelque chose de plus classique et Bobi, notamment de par ses yeux et ses sourcils, nous renvoie un peu trop au mime, voire même au clown. Puis avec le retour à ce qui peut être assimilable au « réel » - mot qui n’a pas grand sens ici - et les multiples visages quotidiens de Bobi, nous passons dans une troisième dimension, quasi anthropologique, également assez fascinante. Viennent finalement les croquis de Bess, simples et brillants. Bobi est donc une œuvre protéiforme, limpide et assez fascinante.
Boris
13 Octobre 2004
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G. Bess
G. Bess
N&B
Editeur : Casterman Collection : Ecritures Septembre 2004 - 104 Pages
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