Serin
Le Serin est un pigeon comme un autre
Un crétin de détective comme on les aime
Serin est un détective plutôt efficace. Après trois jours d'âpres investigations, il a retrouvé le chat de la mère Michèle... sous sa caravane. Les affaires se suivent et ne se ressemblent pas. Une amie de sa soeur frappe à sa porte. Elle a besoin de ses services. Et pour cause: un maître chanteur veut dévoiler à la presse son secret: elle est la fille cachée de Jean-Pierre Marielle, née d'une relation amoureuse adultérine. Et alors, c'est dingue parce que Serin est justement admirateur de Jean-Pierre Marielle, il a vu "Les Galettes de Pont-Aven" des milliards de fois. Inutile d'en dire davantage, il fonce droit dans le mur...
Pour son premier album, Germain Boudier se paie le luxe d'être parrainé par Jean-David Morvan (Sillage). La préface, aussi courte qu'efficace, s'interprète comme un signe extérieur de richesse et contrebalance une couverture peu avenante, d'un autre temps. Le regard cabot de celui que l'on devine comme l'anti-héros dans toute sa splendeur nous invite niaisement à tourner les pages. Et vous ne vous y êtes pas trompé, le Piaf n'est pas comme tout le monde. Il a son univers, une pauvre caravane ancrée dans la cour d'une vieille bique. Il promène sa nonchalance entre le Monoprix de La Garenne-Colombes et les grattes ciel de La Défense, centre névralgique des affaires parisiennes. Et se prend pour un parfait privé, la réflexion endolorie par une affligeante mollesse cérébrale. Boudier s'en donne à coeur joie pour mettre sur pied un bonhomme qui ne tient volontairement pas la route. Et il ne l'a pas raté. L'attraction du Serin, c'est résolument ce raté, ce crétin inconscient de sa triste condition. L'enquête n'est qu'un prétexte. Le suspens n'a pas franchement d'importance. Tout ce qui compte, c'est l'enlisement inévitable du pigeon sans aile.
Graphiquement, Boudier s'en sort plutôt bien. Son trait tremblotant façonne une panoplie de visages banals, pour ne pas dire des sales gueules. Le découpage varie d'une page à l'autre, laissant la part belle à la segmentation massive des cases. Le jeune scénariste-dessinateur-coloriste donne du rythme à du vide. Ça s'appelle du talent, et Morvan ne s'y est pas trompé!
Nicolas
19 Janvier 2005
|
G. Boudier
G. Boudier
G. Boudier
Editeur : La Boîte à bulles Collection : Faits divers Janvier 2005 - 44 Pages
|