Après le décès de Will Eisner, Joe Kubert demeure l’une des dernières légendes vivantes de la BD américaine. Il a dessiné la plupart des super-héros de l’industrie des comics et a même créé, en 1976, une école de dessin qui porte son nom. Loin d’être blasé, alors qu’il a 78 ans dont 67 de pratique, il continue à croire que le meilleur est devant lui et nous le prouve en publiant ce qui est certainement, au jour d’aujourd’hui, son chef-d’œuvre. «Yossel» est une vision fictive de la vie de son auteur et évoque l’un des tournants de son existence, lorsque ses parents l’emmènent aux Etats-Unis, en 1926, alors qu’il n’avait que deux mois.
Que se serait-il passé si sa famille, d’origine juive, n’avait pas pu ou pas voulu quitter la Pologne persécutée par les nazis ?
Cette approche originale et remarquablement documentée de la Shoah nous raconte le destin d’un jeune fils de boucher fou de dessin : la rafle dans son village, le ghetto de Varsovie, le départ des siens à Auschwitz, le retour d’un des survivants des «camps de travail», la résistance de ces juifs désespérés à l’ordre du Reich qui consistait à liquider tous les habitants du ghetto, ce 19 avril 1943…
La narration, au parti pris exclusivement récitatif, est à la première personne ; les illustrations sont au crayon brut (comme si elles avaient été réalisées sur place) : tout ceci renforce l’horreur ressentie devant l’insoutenable drame de la déportation de la population juive.
«Yossel» contribue à réveiller les consciences et c’est surtout en cela qu’il mérite qu’on le qualifie de chef-d’œuvre !
j'ai du mal à lire une bd sur l'holocauste après "maus"... j'avais trouvé le travail de M. Crocci ("auchwitz") brouillon et peu convainquant. pour Yossel, on a affaire à un maitre, soit. je reconnais que c'est touchant, mais suis gènée du fait que c'est une "histoire" et ne susi réellement touchée que par le témoignage. je n'ai pu dépasser ce sentiment et le regrette parce que le travail est beau, réellement émouvant de part ces crayonnés sublimes... mais, vraiment, le côté "si j'avais été" me reste ne travers de la gorge et nuit à ma capacité à ressentir la Bd.
Diane
12 Fevrier 2005
J'en suis sorti les larmes aux fonds des yeux qui ne voulaient pas sortir. L'auteur, qui est parti de Varsovie en 1926 pour les Etats-Unis (âgé seulement de quelques mois), imagine comment cela se serait passé pour lui s'il était resté dans son pays natal. Comment un enfant qui ne fait que "croquer" des dessins peut-il survivre dans le ghetto de Varsovie à l'époque nazi ? A mi-chemin entre récit historique et fiction : une puissance narrative servie MAGISTRALEMENT par des dessins sublimes laissés à l'état de crayonnés. jules