The girl from ipanema
Les Hermann dans la cour de James Ellroy
Jennifer a 18 ans, elle rêve d'être comédienne. Pleine d'espoir, elle quitte son Missouri natal pour Hollywood. C'est là qu'elle rencontre sa nouvelle meilleure amie, Dorothy, une pétasse blonde prête à tout pour réussir. Les deux jeunes femmes s'acoquinent avec un mafieux de seconde zone, rabatteur de chair fraîche pour les pourris de première. Le début d'une fin tragique... Un matin, une partie du corps de Dorothy est retrouvée dans un terrain vague. Dorothy, elle, disparaît du paysage. Le lieutenant Chavez est chargé de l'enquête. Mais Jennings, un collègue ripoux jusqu'à l'os, obéissant aux doigts et à l'oeil de la mafia locale n'aura de cesse d'effacer les preuves et de brouiller les pistes.
Avec "The girl from Ipanema", Hermann et son scénariste de fils, Yves H., bouclent une fausse trilogie. Un tryptique purement symbolique, chacun des albums étant parfaitement indépendants les uns des autres. Il n'y a pas d'interconnections entre les personnages mais disons qu'à chaque fois, ultime originalité, un flic est chargé de résoudre un meurtre. A noter également une évolution temporelle et géographique; "Liens de sang" s'inscrivait dans les années 50 et se jouait sur la côte Est des Etats-Unis. "The girl from Ipanema" se situe à l'opposé, sur la côte Ouest, de nos jours. Pour le reste, ce ne sont que des détails récurrents comme la voiture rouge au centre de l'enquête et le petit coeur rouge porté en bijou par la victime. Vous l'aurez compris, il n'est pas indispensable de s'attacher à ces subtiles concordances. On n'a pas besoin de ça pour appuyer la qualité de ce one shot labellisé Signé.
Car Yves H. signe là -et de loin- son meilleur album. Il s'est brillamment inspiré du polar noir et sans issue à la James Ellroy en se focalisant sur le côté obscur de Los Angeles, ombre cynique du rêve hollywoodien. Les protagonistes sont tous des ratés qui s'ignorent ou des paumés, des déprimés. L'ambiance est glauque et oppressante. Et si le suspense est volontairement tué dans l'oeuf -on est mis dans la confidence, on sait qui a commis le meurtre- on suit avec d'autant plus d'attention le déroulement de l'enquête. La double narration est bigrement efficace. D'un côté, l'histoire linéaire, de l'autre, l'enquête de Chavez, détaillée dans d'immenses bulles littéraires. On suit ses pistes, son raisonnement, ses hypothèses, ses intuitions, un régal pour le lecteur... parviendra-t-il à remonter le fil et à sauver la petite Dorothée des griffes venimeuses de nuisible et influent Scarpa?
Est-il utile d'en remettre une couche sur le talent d'Hermann? Allez, juste une couche! S'il y a un truc à savoir, que l'on apprend sur le site des Huppen, c'est qu'il ne lit jamais le scénario que lui tend son fils. Il découvre l'histoire à mesure qu'il la dessine, planche après planche. On comprend mieux la tension permanente et la noirceur crépusculaire qu'il entretient d'une main de maître de ses couleurs directes. Du bon boulot!
Nicolas
13 Avril 2005
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Yves H.
Hermann
Editeur : Le Lombard Collection : Signé Avril 2005 - 52 Pages
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