Stabat Mater
Pleine de vie et aussi immuable qu’une morte
“Etre un handicapé du sentiment, c’est ne rien ressentir, ne pas s’émouvoir, être imperméable à toute affection intérieure. (...) Je fais mon possible pour me soigner mais ce n’est pas facile à vivre.” Tout juste le héros parvient-il à réagir à la vue des femmes dénudées des peep-show. Mais d’après lui, cela ne met en jeu qu’une réaction toute physique, toute mécanique. Les cadavres qu’il photographie pour la police, eux, ne lui arrachent pas la moindre émotion. « Ce doit être si doux de vibrer, de compatir » se lamente-t-il.
Au fin fond d’un quartier en ruine, il découvre un jour un étrange théâtre érotique. Sur la scène, une femme nue, « majestueuse dans sa carnation. Pleine de vie… aussi immuable qu’une morte ! (…) Elle ne regarde que moi… Plus rien ne semble exister ! » Le héros revient donc la contempler chaque soir, fasciné. Jusqu’au jour où la représentation est annulée.
Plus qu’une enquête, Stabat Mater se déroule en suivant le fil d’une quête. Celle de cette femme dont la beauté pourrait enfin permettre au héros de vibrer. La quête sera ensanglantée… mais elle atteindra son but. Un terme troublant, inattendu qui surprend d’autant plus que le fil de l’histoire semblait jusque-là un peu trop convenu et construit sur un mystère (l’identité de la belle inconnue) un peu trop facile à élucider. Au final, on demeure déstabilisé, rêveur et un brin admiratif.
Un peu de la même manière, le dessin de Boris Beuzelin apparaît au premier abord insuffisamment noir pour ce type de polar et bien mieux adapté au propos de l’Epouvantail Pointeur, le précédent album du duo. Au fil des pages, le trait prend plus d’aisance et de tranchant, s’écarte progressivement du graphisme de Benn pour offrir lui aussi un final aussi pertinent qu’émouvant.
Un album à lire jusqu’à son terme pour en découvrir toute la richesse.
Vincent
11 Mai 2005
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E. Omond
B. Beuzelin
B. Beuzelin
Editeur : Delcourt Collection : Sang Froid Avril 2005 - 48 Pages
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