Lupus et Sanaa sont réfugiés dans une communauté de vieux rebelles cachée dans la forêt d'une planète-maison de retraite particulièrement inquiétante. Mais la police finit par les débusquer et la cavale reprend. Une étrange quête de lui-même conduit Lupus - toujours hanté par la mort de son ami Tony - à amener Sanaa vers une station orbitale touristique maintenant désaffectée. Leur navette les ayant abandonnés, ils se retrouvent coincés au milieu de nulle part. Ces deux solitudes qui s’épaulent de manière de plus en plus intime reprennent leurs soliloques, troublés par la seule présence d'un robot neurasthénique et par la folie qui s'avance furtivement.
Peeters poursuit dans un genre unique : le road-movie galactique intimiste. S'il rythme son récit de quelques scènes d'action et de majestueux paysages intersidéraux, on sent bien que son véritable propos est la dérive intérieure de Sanaa et Lupus. Les deux fuyards sont deux continents personnels qui se rapprochent et s'éloignent sans jamais se toucher. Lupus révèle une personnalité de plus en plus complexe avec de réguliers retours vers des scènes de son enfance. Sanaa la paumée, fille d'un baron de l’industrie et du crime cause de leur situation de fugitifs, apparaît finalement plus simple. Elle goûte presque une certaine forme de bonheur dans cette fuite.
La principale audace, éblouissante, est de placer cette histoire intime dans le cadre d’un voyage spatial. Après trois tomes, cela fonctionne toujours aussi bien. Cet album confirme la structure « un lieu - un album » des précédents opus. À chaque fois, le lieu de l'action est plus isolé, petit et désert, un peu comme si les deux héros ralentissaient, se trouvaient davantage englués dans leurs failles psychologiques. Et grâce à l'espace, l'intimisme ne devient pas nombrilisme. Mais Frederik Peeters n’en reste pas là. Le premier tome mettait en place personnages, actions et situations ; le deuxième introduisait et développait l’intimisme dont nous venons de parler et ce troisième en fait véritablement la composante d’un récit d’aventure : fuite, poursuite, dissimulations, prise d’otage, rebondissements… Tous constitués de quatre-vingt douze planches - soit l’équivalent de deux albums traditionnels -, ces tomes possèdent chacun une architecture propre qui compose un ensemble encore plus riche dont l’ampleur ne cesse de fasciner. Découpage et dessin ne sont bien sûr pas étrangers à cette dernière. Les enchaînements surprenants mais fluides, les flash back soudains, les gros plans quasiment abstraits… véhiculent le trouble et accroissent l’originalité de la démarche de Peeters. Il en va de même du dessin, semi-réaliste, qui paraît marier instinct et cérébralité comme peu d’autres. Alors, une nouvelle fois, Frederik Peeters signe un récit captivant qui nous met une bonne claque. Chapeau.
ah Lupus ! toujours perdu avec sa "compagne" dans l'espace, il n'arrive toujours pas à avouer son désir à celle qui attend un enfant de son ami d'enfance... sur fond de psychanalyse, de traumatismes d'enfance mal refoulés, notre "héro" tente de surnager. cet épisode est quand même un peu plus vide que les deux précédants mais retse une excellente bd, une série qui s termine au prochain tome.... une p'tite pub : la librairie "fantasmagories" à Paris offre un joli ex-libris limité à 150 exemplaires avec cet opus de Lupus... Diane