Meka T. 2
Outside
Prise de conscience
Enrique le pilote et Ninia la mécanicienne n’ont pu repartir avec le reste de leurs troupes à l’issue de la bataille : leur robot est trop endommagé pour redécoller. Après avoir longtemps tergiversé, tous deux se décident à quitter leur astronef. Prenant toutes leurs précautions, les deux jeunes gens avancent lentement dans ce qui fut une ville et dont ils ne reste plus que des blocs de maison éventrés, des cratères mettant à jour des lignes de métros pourtant profondément enfouies. Les chiens mangent les cadavres. Un homme, bloqué sous des gravats supplie : “Achevez-moi !”.
Au cours du premier tome, Inside, la confrontation entre Enrique et Ninia reposait principalement sur le caractère des deux individus. Elle avait une nature fondamentalement intime. Avec Outside, les deux militaires se retrouvent confrontés à la réalité de terrain. Ensemble, ils découvrent ce que signifie “humainement” la froide expression “dommages collatéraux”. L’opposition repose désormais bien plus sur des perceptions différentes de la vie… et surtout de la guerre. Des visions politiques, bien plus qu’intimes. Enrique, le soldat loyal et utopiste (aveugle ?), Ninia, la mécanicienne plus froidement réaliste, plus pragmatique. Leur rencontre avec les survivants va ébranler les deux personnages.
A lire le seul premier tome, l’histoire de Méka pouvait apparaître joliment agencée mais un peu vaine. Au terme du diptyque, l’œuvre apparaît bien plus forte. Bien sûr, comme c’est généralement le cas avec Jean-David Morvan, le propos demeure “tout public” et peut donc sembler par trop édulcoré. C’est pourtant là la force d’un tel album : amener tout lecteur moyen à se poser quelques questions fondamentales en lisant sa petite BD de la semaine. Certes on aimerait lire un scénario de Morvan plus vigoureusement pamphlétaire, rentre dedans. Mais ce n’est pas le style du bonhomme, en tout cas pas pour le moment. Et force est de reconnaître qu’il joue assez habilement sur les ressorts de la science fiction pour mettre en perspective nos problématiques contemporaines.
Meka vaut également pour le plaisir procuré par les images réalisées par Bengal. Entièrement crayonnés (comme Servain ou Némiri), ses dessins parfaitement construits, ses visages expressifs en particulier grâce à un usage particulièrement soigné et audacieux de la couleur. Dommage que le découpage, en particulier dans les scènes de bataille ne soit pas toujours parfaitement limpide. Il n’en demeure pas moins que son dessin possède une énergie redoutable et un cachet fort personnel. Des débuuts très prometteurs pour ce graphiste passé par les studios de dessins animés.
Une BD de science-fiction qui joue agréablement sur un mélange d’intimisme et de réflexions politiques.
Vincent
05 Octobre 2005
|
J. Morvan
Bengal
Bengal
Editeur : Delcourt Collection : Neopolis Aout 2005 - 48 Pages
|