Un père au crâne de dinosaure et son fils au faciès batracien sont parvenus à sauter en marche d’un train en partance pour les camps de la mort. Ils fuient donc à travers la campagne, perdus dans le brouillard. Malheureusement pour eux, ils tombent bientôt sur un détachement nazi lancé précisément à leur recherche. A la tête des militaires, un nabot coiffé d’un chapeau pointu de magicien sur lequel les habituelles étoiles ont été remplacées par des croix gammées. Bizarrement, le gradé ne peut croire qu’ils sont les fugitifs honnis, les prend même en affection et les invite à sa table.
En lisant ce surprenant ouvrage venu de Pologne (où il a été couvert de prix), on ne peut s’empêcher de penser au film La Vie est belle. Le registre de Achtung Zelig ! est moins romanesque, moins romantique, plus caricatural et doté d’un humour plus décalé que le film de Roberto Benigni. Mais tous deux tentent l’inacceptable : user de leur imagination sur la Shoa, sujet sensible s’il en est. Rosenberg, le scénariste de Achtung Zelig ! ose même mettre en scène les protagonistes de façon dérisoire, grotesque. Cet ouvrage est une farce. Grinçante mais une farce. Une farce qui surprend mais enthousiasme car elle est racontée avec la distance nécessaire et se trouve magistralement mise en scène par le dessinateur Gawronkiewicz dont le dessin fait parfois penser à celui de son compatriote Rosinski – qui signe justement la postface.
Ce livre soulèverait un enthousiasme sans restriction… s’il n’était pas aussi court ! Les personnages sont à peine posés, deux péripéties advenues que l’ouvrage s’arrête. Pour faire une grande œuvre, il aurait fallu que Gawronkiewicz et Rosenberg aillent au terme de leur entreprise, au bout de leur propos. Au risque, effectivement, de ne pas tenir la distance..
Achtung Zelig ! est une farce surprenante et décapante. Mais trop courte pour être autre chose qu’un exercice de style fort réussi. Ce qui n’est déjà pas si mal…