Carnets de Lettonie
Comment rendre compte d’un pays ?
Durant l’année 2005, Christophe Blain se rend à deux reprises en Lettonie afin d’y réaliser un carnet de voyage. D’abord parti en février afin de voir l’hiver letton, puis en juin pour en saisir l’été, il croque paysages et personnages, instants vécus et éléments observés à partir d’une voiture et (re)composés au fil du trajet.
Avant d’attaquer les louanges, une remarque sur un point qui concerne bien des carnets de voyage et me gêne un peu. Le carnet de voyage était souvent auparavant un genre spontané : un auteur partait quelque part et en rapportait des traces écrites, dessinées, photographiées, filmées… selon son art ou sa discipline. Aujourd’hui - grâce au succès qu’ils remportent ? -, les carnets de voyage sont bien souvent à l’origine même du séjour dans le lieu qui sera décrit, croqué, analysé… Le risque à cela ? Que la réalisation des carnets soit davantage une commande qu’un désir et que le livre qui en découle soit avant tout un produit éditorial - réalisé en beaucoup moins de temps que bien d’autres types d’ouvrages -, plutôt qu’un livre pleinement voulu et assumé artistiquement par son auteur. Ce point précisé, force est de constater que ce carnet est particulièrement merveilleux. Blain y démontre une nouvelle fois sa pleine maîtrise du dessin et de la peinture, la vivacité et l’expressivité de son trait et de ses compositions. À travers ces pages s’exprime également son goût pour la précision, nombre de dessins touchant particulièrement par des détails en apparence insignifiants mais qui donnent toute leur crédibilité au dessin. Ce sont par exemple ces traits représentant des brindilles ou des traces de pneu posés ou imprimés dans la neige et qui attribuent à la scène reproduite une grande partie de sa justesse. Si bien des dessins réunis ici mettent en scène des ambiances envoûtantes et sont d’une troublante beauté, ceux ajoutés par Blain en guise de commentaires et réalisés dans un style burlesque apportent une autre dimension, un recul et une ironie qui accentuent la richesse de ce carnet et du voyage qu’il nous fait vivre.
Boris
02 Novembre 2005
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C. Blain
C. Blain
C. Blain
Editeur : Casterman Octobre 2005 - 80 Pages
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