Prophet T. 3
Pater tenebrarum
Rattrapé par son passé.
Jack Stanton, jeune explorateur ambitieux et futile, ancien voyou, nouveau prophète, a déchaîné la fin du monde par sa découverte d'un site cyclopéen impie. Il a ouvert un seuil qui n'aurait jamais dû l'être et lâché sur le monde ceux qui ne devaient plus jamais fouler la terre.
Pour une raison inexpliquée, avant même d'avoir pu percevoir les conséquences de ses actes, il s'est trouvé projeté 30 ans dans le futur dans un monde en ruine, rongé par la chaos et devenu la demeure de démons de toutes sortes. Dans un New-York de cauchemar il est recueilli par les derniers représentants de l'espèce humaine, atteints de mutations monstrueuses qui les transforment inéxorablement en démons. Pour ces hommes, il est le Prophète, celui qui doit les guider au messie qui sauvera le monde. Stanton après avoir refusé la charge bluff pour se concilier une poignée d'alliés.
Dans le troisième opus, alors que Stanton entreprend sa quête vers la rédemption, son passé le rattrape et les derniers survivants humains découvrent qu'il est la cause de leurs malheurs, celui qui a déchaîné toutes ces horreurs par son inconséquence.
Cette série continue sa progression dans la démesure la plus totale. L'inspiration est très lovecraftienne et le style du récitatif joue à s'y réfèrer explicitement. Le récit exploite la vertigineuse vision de l'écrivain : l'humanité n'est qu'un ramassis insignifiant de vermines ignorantes qui vit sans le savoir dans un univers qui la dépasse, gouverné par des Maîtres dont la puissance lui échappe totalement. Stanton a attiré l'attention de ces forces maléfiques et chaotiques qui on détruit le monde qu'elles avaient créé par hasard. Présenté comme ça, cet argumentaire ne peut pas donner une BD digne de ce nom. Et pourtant, ça marche !
La réussite de cette BD tient d'abord à la démesure du graphisme qui répond sans faiblir à celle du propos. Cette ville de New-York dévastée, peuplée de Titans fossilisés, sur laquelle s'ouvre des perspectives hallucinantes est diablement impressionnante et prenante. Une ambiance cauchemardesque et démente émane de ces planches. Malgré quelques difficultés de lisibilité, on croit à cette fin du monde.
Au milieu de cette grandiloquence, le scénario parvient habilement à conserver la petitesse, la faiblesse et l'humanité du Jack Stanton. On s'attache à ce presque anti-héros qui doit affronter les conséquences démentielles d'une erreur passée. Son caractère change et on le suit au travers d'un scénario qui sait soutenir l'attention du lecteur en dévoilant peu à peu les clés du mystère.
Bien sur, pour ce genre de série, l'instant de vérité sera le dénouement. Quel final nous réserve Lauffray ? Après tant de grandiloquence, il faudra être à la hauteur et faire mouche. Un défi. Nul ne sait s'il sera correctement relevé, mais pour l'heure cette série est à conseiller à tout amateur de fantastique audacieux. Le voyage vaut le détour.
Gwael
22 Fevrier 2006
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M. Lauffray
M. Lauffray
M. Lauffray
Editeur : Humanoïdes Associés Novembre 2005 - 56 Pages
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