Eugène de Tourcoing-Startrec T. 1
Montmartre no Future
Tu verras Montmartre...
Eugène de Tourcoing-Startrec est peintre, au début du XXe siècle, à Paris. Mais, à la différence d'un certain Toulouse-Lautrec avec lequel il possède quelques points communs, sa peinture est habitée par un grand nombre de visions, qui viennent s'installer sur la toile, à son pinceau défendant. Comme il le dit lui-même, "Je peinturlure des choses qui n'existent pas, qui apparaissent entre les objets, dans le paysage... comme des démons qui m'habitent".
Paumelle, artiste de la mouvance "viandiste", et qui est le meilleur ami d'Eugène, sait bien ce que sont ces démons : c'est l'absinthe qui perturbe le sens des réalités du petit peintre anarchiste. Nous qui vivons au début du siècle suivant avons une tout autre interprétation. Même si l'absinthe a un rôle à jouer dans les visions d'Eugène, ce dernier est habité par des démons à qui nous pouvons donner une image : il voit le futur, la pollution, un habit de cosmonaute, une bouteille de Coca™, Che Guevara, un supermarché...
C'est bien clair, ce premier album du duo d'auteurs que sont Edith et Corcal ne vise pas à nous donner une vision réaliste du monde des peintres montmartrois. Très vite, dès la première saynète, on voit Eugène embarqué dans ses délires oniriques, qui ont pour lui et pour nous valeur de réalité. Traqué dans un premier temps par les poux de la femme à barbe, c'est cette dernière qui le poursuivra ensuite, avant que lui et Paumelle ne se retrouvent dans des costumes de "cosmonautes" gonflés au gaz de l'éclairage public. Le côté loufoque et délirant du scénario s'accentue encore avec l'arrivée de nouveaux personnages grand-guignolesques, comme par exemple les O.R.T.E.I.L.S., un groupe révolutionnaire d'un genre particulier, ou encore la secte des parigophobes.
Néanmoins, le petit monde mental d'Eugène est tellement cohérent que tout le côté extraordinaire passe très bien, servi par la poésie des noms, des dialogues, et la folie des courses-poursuites qui rythment le récit.
Il faut dire que cette histoire, originale et bien menée, est servie par le trait éclatant d'une dessinatrice enthousiasmante : les qualités d'Edith explosent littéralement sur la page, avec cette façon de proposer sur de nombreuses planches une couleur dominante tout en restant très lisible, avec ce trait faussement imparfait et donc très chaleureux, avec un sens du cadrage, de la composition d'image et une capacité à introduire le mouvement dans cette histoire qui le demandait, l'imposait presque.
Au final, cet album iconoclaste est une belle réussite, qui fera plaisir à ceux qui se languissaient de retrouver Edith et qui avaient aimé la série Basil et Victoria, et à tous ceux qui ont envie de lire de bons albums (et c'est pour ça que vous êtes là, non ?).
Je finirai par ces quelques mots d'Eugène et de Paumelle :
"La nuit est verte, Paumelle ! Complètement verte !"
"Je la vois plutôt rouge, moi, cette nuit... Complètement rouge !"
Une chronique signée Pascal
Invité
13 Mars 2001
|
Edith
Corcal
Editeur : Casterman Janvier 2001 - 48 Pages
|