Premières chaleurs T. 1
Premières chaleurs du mois de mai
Tu chauffes, tu chauffes...
Charlotte a quitté Gaby, Maxime (qui ne pense qu'à Marine, six mois après sa rupture) lave la cocotte-minute de Charlotte dans sa baignoire. Marco se déguise en nain de jardin et anime le rayon jardinage du "Moloprix" voisin en échange de la réalisation de ses oeuvres d'art en viande hachée (sous blister). Jean-Bath va revoir Miguel, et se pose des questions. Véro surfe de régime en régime, Delphine participe aux conversations de ses copines par haut-parleur de téléphone interposé. Quant à Abie, en plus d'être nantie d'un accent anglais à couper au couteau, elle ne comprend pas que sa demi-soeur Nina s'obstine à aimer un homme marié (avec deux enfants) qui ne quittera probablement jamais sa femme (et qui de plus s'appelle Romuald et est son patron). Globule et Marco vont avoir un premier enfant (ce sera en fait le deuxième pour Nini...). Ai-je pensé à vous parler des voisins des uns, des parents des autres, des magazines pour hommes, de l'endorphine que secrètent les lombrics ?
Autant être franc tout de suite : quand on parle de Jean-Philippe Peyraud, je perds toute forme de partialité. Dans ses productions à La Comédie Illustrée (les "Mine de Rien", "Il Pleut" et autres bijoux), ou pour Treize Étrange (les deux hallucinants opus de "Grain de Beauté" voir la chronique sur DES BULLES BIZARRES"), j'ai vu un auteur s'affirmer avec force et originalité. Peyraud nous parle de nous, de nos doutes, de l'amitié, de l'amour, de la vie en couple. Sa science de dialoguiste et son talent de raconteur d'histoires font mouche dans tous ces albums, nous mettent le sourire au coin des lèvres, et posent sur le papier nos doutes les plus profonds, sous couvert de légèreté.
Son graphisme faussement simple et terriblement élégant, et son goût pour les "plans séquences" font penser au cinéma intimiste français, en plus drôle et en plus jouissif.
Peyraud, c'est du bonheur de lecture, c'est de la poésie du quotidien, avec une grande tendresse pour ses frères et soeurs humains, trop humains...
Alors, qu'est-ce qui fait que je referme l'album avec une petite sensation de tristesse ? Peyraud n'a pourtant jamais été aussi bon dans les dialogues, lui dont c'était déjà un des gros points forts ! L'album est en couleurs, une première pour lui, et cette couleur appliquée par Sébastien Gérard lui va très bien, renforce l'esthétique générale et rend son dessin plus accessible au grand public. Parlons-en, du dessin : de plus en plus mature, l'usage plus fréquent des décors le rend plus varié, et la diversité des plans témoigne d'une belle évolution. Alors ? Où est le problème ?
Il est vrai que Peyraud est capable de ciseler des instantanés de vie, de les rendre criants de vérité et de nous faire entrer dans le quotidien de ses personnages, mais la simple densité de son "casting" dans ce livre ne suffit pas à remplir tout à fait un album. Si chaque scène se tient, il manque un souffle qui traverse l'ensemble du bouquin, et qui empêche le lecteur de rentrer complètement dans l'histoire... Pire encore, j'ai eu du mal à me retrouver dans les personnages, me demandant souvent qui était, qui sortait avec qui, et toute cette sorte de choses...
En un sens, tout bien réfléchi, il n'y a que deux choix possibles : vous ne connaissiez pas Peyraud, cet album vous enchantera, et vous aurez alors envie de découvrir un auteur à l'univers riche et attachant (et toutes ses productions précédentes). Autre possibilité, vous connaissiez déjà Peyraud, et vous attendrez sa prochaine production, en lui faisant confiance pour rectifier le tir !
Une chronique signée Pascal
Invité
07 Mars 2001
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J. Peyraud
J. Peyraud
Seb
Editeur : Casterman Janvier 2001 - 48 Pages
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