Green manor T. 1
Assassins et gentlemen
Petits meurtres entre amis
La collection "Humour Libre" de Dupuis lance une nouvelle série, un peu différente des précédentes. "Green Manor", avec Bodart au dessin, Vehlmann au scénario et Scarlett aux couleurs, mélange le crime, la perversité et l'humour pour le bonheur des lecteurs. Green Manor, c'est un club de la haute société londonienne, à la fin du XIXème siècle - ambiance Sherlock Holmes et Jack l'éventreur. Les membres de ce club sont fascinés par cette activité particulière à l'espèce humaine : le crime. Et ils ne s'y intéressent pas toujours de façon innocente…
En tous cas, c'est ainsi dans le tome un, Assassins et gentlemen. Six petites histoires de meurtre : "Délicieux frissons" vous apprendra s'il existe un meurtre sans victime ni meurtrier ; "Post-Scriptum" renouvelle ingénieusement le coup du meurtre-annoncé-à-l'avance-que-personne-ne-peut-empêcher ; "Modus Operandi" transforme un inspecteur en serial killer par conscience professionnelle ; "21 Hallebardes" propose le crime parfait ; dans "Sutter 1801", la clef de l'énigme est dans un tableau ; "La Balade du Docteur Thompson" vous lance dans une course-poursuite pour remonter l'emploi du temps d'un cadavre…
L'album est une série de récits enchâssés dans un cadre, présenté au début et à la fin : un psychiatre vient examiner Thomas Below, ancien domestique du Green Manor Club, interné, qui se prend pour l'ensemble du club, établissement et membres compris. Il raconte les six histoires au psychiatre. Mais, à la fin, une fois laissé seul dans sa camisole de force, il laisse échapper des propos inquiétants… Y aura-t-il une continuité entre les albums de la série grâce à ce personnage de Thomas ? L'avenir nous le dira.
Pour l'instant, dans ce tome 1, il nous reste surtout à admirer comment les deux auteurs se tirent d'une gageure périlleuse. D'une part, le polar est difficile à maîtriser au point de vue narratif : le lecteur a facilement l'impression d'être floué par des artifices et des pirouettes de scénaristes, et encore, quand le scénario tient debout. Or chacune des histoires me semble ici un bijou de précision et d'efficacité : l'habileté à se jouer des poncifs en matière de littérature policière est assez surprenante, la narration courte va droit au but, cisèle indices et mécanismes pour nous amener au dénouement lapidaire, étonnant, parfois grotesque parfois effrayant, toujours réjouissant…
D'autre part, la période choisie est un vrai piège. Après Arthur Conan Doyle, et la montagne de successeurs souvent médiocres ou maladroits qui, fascinés, ont essayé de le suivre dans ces ambiances londoniennes et ses descriptions d'enquêtes, tant en littérature qu'en bande dessinée, il fallait oser se mettre de nouveau délibérément sous l'égide de ce maître-là. Or non seulement, je l'ai dit, la narration n'a rien à envier à qui que ce soit, mais encore le graphisme mordant et sans concession, les couleurs efficaces et expressives, les dialogues fluides et intelligents créent une ambiance qui emporte le lecteur sans résistance dans les lieux et l'époque choisis…
Un mot encore, sur l'humour que propose cette série. On s'attendrait à un humour plus systématique dans cette collection "Humour Libre", plus absurde ou cynique, comme dans les très réussies "Histoires à Lunettes" de Midam et Clarke ou les excellents "La vie est courte" de Larcenet et Thiriet. Or certaines histoires sont grinçantes sans chercher à faire rire ("Sutter 1801", par exemple, à moins que je n'aie pas compris…), d'autres par contre utilisent bien ce même genre d'humour, comme "La balade du Docteur Thompson", ou mieux encore "21 hallebardes" (c'est ma préférée je crois). L'album surprendra donc les lecteurs assidus de cette collection, mais c'est la moindre de ses qualités ! >
Une chronique signée Marie
Invité
17 Janvier 2001
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F. Vehlmann
D. Bodart
Editeur : Dupuis Collection : Humour Libre Janvier 2001 - 56 Pages
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