Mon dernier jour au Vietnam
La guerre et ses mauvais(es) trip(e)s
Will Eisner a toujours été dessinateur de BD ! Même à l'armée, même pendant la seconde guerre mondiale : il dessinait des manuels d'entretien pour les GI's. Et même après sa démobilisation, il servit ponctuellement l'armée en réalisant des Bandes Dessinées didactiques. Pour appréhender la réalité du terrain, il devait se rendre près des champs de bataille - Corée, Vietnam... - comme un journaliste. Cinquante ans plus tard, il se souvient. Pas d'histoires où il est directement impliqué - sauf une - mais des anecdotes dont il est le témoin : un soldat dont le départ du Vietnam est retardé, le dévouement d'une brute épaisse pour des enfants maudits, la vie " décalée " des journalistes de guerre...
Will Eisner fait précéder ses six histoires d'une " Introduction " qui explique dans quelles conditions il a été amené à travailler pour l'armée. Dans ce texte, comme dans les six histoires, il n'est question que des soldats de l'armée américaine et aucun jugement n'est porté, ni sur leurs agissements, ni sur leurs ennemis. Le manque de considération à l'égard de ces derniers - surtout dans des contextes comme la guerre de Corée ou celle du Vietnam - devrait gêner, mais ce n'est pas le cas ici, car il n'est pas du tout question d'un parti pris pour tel ou tel camp : il s'agit avant tout de situations quotidiennes et de portraits d'hommes immergés dans un conflit : Eisner nous donne à voir ce que lui a vu, a vécu. Pas d'exploits guerriers, pas de batailles rangées. Des hommes en temps de guerre. Avec leurs faiblesses, leurs joies, leurs peines.
En bon vieux routier de la BD américaine, Will Eisner possède quelques trucs qui le singularisent. Ainsi, tout est subjectif dans cette BD : même les dessins sont cadrés en caméra subjective et ces récits jouent sur une narration minimaliste qui privilégie les ellipses, s'appuie sur des textes courts et un dessin virtuose à la fois réaliste et empreint de caricature. La taille des têtes, surdimensionnée par rapport à celle de nos BD franco-belges réalistes, peut même gêner. On sent qu'Eisner est rompu à l'exercice du dessin de presse qui doit être vif, évocateur et concis. Par ailleurs, il renforce l'expressivité des personnages et des décors grâce à un procédé de trame irrégulière - comme s'il avait crayonné son papier en disposant dessous un tissu à grosse trame, insufflant ainsi au dessin un certain impressionnisme.
Avec ce " Dernier jour au Vietnam ", Will Eisner signe ainsi l'un de ces albums qui marquent la mémoire et nous font avancer sans avoir l'air d'y toucher.
Co-écrit avec Vincent
Boris
28 Fevrier 2001
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W. Eisner
W. Eisner
N&B
Editeur : Delcourt Janvier 2001 - 76 Pages
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