« Chez Francisque » est, comme son nom l’indique de manière assez directe - la francisque étant l’emblème du gouvernement de Vichy -, un bar où il est volontiers question de préférence nationale, où les paroles racistes et antisémites pleuvent, certains piliers de comptoir ayant également un penchant pour la phallocratie et l’homophobie. Mais quelques clients, manifestement égarés, font figure d’ovni dans cet univers où les paroles sont aussi imbibées que les corps de ceux qui les professent.
Yan Lindingre et Manu Larcenet sont adeptes d’une certaine provocation qui se joue des discours extrêmes et des représentations qui les accompagnent. Ils livrent ici des portraits qui paraissent parfois documentaires tant ils mettent en scène des personnages et des propos qu’il est possible d’entendre dans n’importe quel troquet. Mais les deux auteurs n’oublient pas de tirer ces propos davantage vers l’absurde, soit en poussant à leur paroxysme les raisonnements qu’ils mettent en œuvre, soit en les confrontant à ceux de personnages qui ne les partagent pas. La démarche et la manière rappellent ainsi quelque peu celles d’un Reiser.