Kady
L'île ivre
Sur une île hypothétique, un immense navire-hypermarché, le "Colporte de Ropland" accoste pour lancer sa grande "quinzaine commerciale"... les bons de réductions et les attractions promotionnelles envahissent l'île comme pour un carnaval mercantile. Le nain Fidji et son ours blanc, dit "le Gros", travaillent comme porteurs pour les familles qui profitent de ces jours exceptionnels pour faire le ravitaillement de l'année.
Sur le bateau, un ambassadeur cynique se débarasse de ceux qui risquent de compromettre sa belle "quinzaine commerciale" ... il rage. Une femme - une poupée mystérieuse - , enjeu d'une transaction juteuse avec des représentants sur l'île, s'est échappée, déguisée en chauve-souris.
Sur l'île, Kady la chauve-souris traquée trouve refuge sur les épaules du grand ours blanc.
Et là commence une danse tour à tour lente et effrénée, avec des personnages toujours un peu sybillins, dans un univers improbable et familier, comme d'une étrangeté que l'on côtoie dans nos rêves...
Cet album est un coup de maître. Comme touché par une grâce, drôle et infiniment poétique, jamais mièvre ni pompeux...
L'univers de Ropland - représenté par son hypermarché flottant et quelques incursions à Playport, sa capitale - est un univers mercantile, impitoyable et colonisateur. Les personnages qui lui sont rattachés tournent tous autour de Kassos, l'ambassadeur de Ropland, loup même pour les loups, éliminant les gêneurs sans vergogne, tirant sur ses associés pour un coup de pub. Il commandite même ses forfaits auprès du maire même de Playport, emprisonné dans sa propre capitale, mais qui peut aller défenestrer les "obstacles" pendant ses heures d'autorisation de sortie...
L''île Zémirah, elle, est d'abord un lieu étonnant et oriental : des escaliers partout en guise de rues, des recoins et des boui-boui, de belles nuits et la mer bien sûr... c'est Casablanca pour Pierrot tant qu'on n'entre pas dans les boîtes de nuits, tant que les gorilles de Ropland ou de mercantiles autochtones (car il y en a, bien sûr) ne s'embusquent pas pour traquer Colombine...
Puis la vraie merveille, ce sont ces rencontres que l'on fait au coin de ces rues, au bas de ces escaliers, derrière les rideaux : Ramsès et ses "Galeries" (Alimentation - Bazar - Arbitrage), le barman Shaker, sorte de Rimbaud vieilli et bienveillant, à la recherche du cocktail miracle et d'un "petit kék'chose pour l'adoucir".
Et l'ours, le nain Fidji et la "princesse" Kady, comme dans les contes de fées, forment un trio extraordinaire et équilibré comme une harmonie cosmique.
Et je ne ferai pas de commentaires sur le dessin, puisque les échantillons de cette page devraient suffire : ou, comme pour moi, il va droit au coeur, ou ce n'est pas la peine d'expliquer.
Mais savoir dessiner la sérénité, ce n'est pas donné à tout le monde.
Une once des Mille et Une Nuits, deux pincées de Peter Pan, trois goulées de Rimbaud, un ingrédient magique de chez Ramsès et tout le talent révélé de Kokor... vous obtenez une oeuvre très originale et forte, avec "un p'tit kèk'chose pour l'adoucir".
Si vous hésitez, dans le doute, ne vous abstenez pas. Soyez curieux et ne passez pas à côté. >
Une chronique signée Marie
Invité
25 Avril 2001
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Kokor
Kokor
N&B
Editeur : Vents d'Ouest Janvier 2001 - 118 Pages
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